Guinée Conakry : manifestation de l'opposition le 8 septembre 2012

guinee-1.gifLa Guinée est à nouveau au coeœur d'’une crise politique qui dure depuis plusieurs mois, et qui oppose le pouvoir du président Alpha Condé à l'’opposition, rassemblée autour de l'alliance pour le développement et le progrès -ADP- et le collectif des partis politiques pour la finalisation et la transition -CPPFT-

Après la démonstration de force du 10 mai 2012, lors de laquelle une manifestation importante avait été organisée dans la capitale, l'’opposition s'’est vue interdire par les autorités le rassemblement du 27 août 2012. Refusant de se plier à cette décision du gouvernement, les leaders de l'’opposition les anciens premiers ministres Lansana Kouyaté et Cellou Dalein Diallo ont maintenu la manifestation, malgré la présence des forces de l’'ordre. 

Après plusieurs échauffourées avec les manifestants, les forces de l'’ordre ont ouvert le feu à balles réelles sur le véhicule des responsables de l’'opposition, mettant brutalement fin au rassemblement. Cet événement s'’inscrit dans le cadre d'’un durcissement de la répression des forces de l’'ordrequi n'’hésitent plus désormais à employer la force pour réprimer les manifestants. Après la mort début août 2012 de 6 villageois tués par la police en marge d’'un rassemblement, les forces de l’'ordre ont multiplié les arrestations et les intimidations de membres de l’'opposition. Ces éléments, ajoutés aux tirs de la police lors de la manifestation du 27 août 2012, illustrent, pour l'’opposition, un net déficit démocratique des autorités. 

Dans une sorte de surenchère politique, les représentants des deux organisations d’'opposition ont affiché leur volonté de contrer le pouvoir en place. L'’ADP et le CPPFT ont ainsi annoncé le 31 août 2012 vouloir organiser une manifestation importante le 8 septembre 2012, à l’'héliport de Belle vue dans la périphérie de Conakry. L'’opposition souhaite poursuivre le mouvement le 20 septembre 2012 à l’échelle nationale, afin de démontrer au gouvernement l’'ampleur de ses capacités de mobilisation. 

L'’enjeu de ces manifestations pour l’'opposition est simple : forcer le gouvernement à organiser des élections législatives libres et transparentes et ainsi rééquilibrer le pouvoir législatif en sa faveur. Pour assurer la fiabilité du scrutin, l’'opposition réclame une restructuration paritaire de la commission électorale nationale indépendante -CENI-, chargée de surveiller la régularité de l'’élection. L’'objectif est d'’obtenir une commission composée d’'autant de membres du gouvernement que de responsables de l’'opposition, et de peser ainsi dans la vie politique du pays. 

Le gouvernement avait récemment fait un geste d'’apaisement en assurant l’'opposition de sa volonté de respecter le projet de loi organique du conseil national de transition -CNT- pour la recomposition de la CENI. Le président Alpha Condé serait intervenu auprès de deux responsables du CNT pour empêcher le vote du texte ; le projet de loi du CNT ne prévoie désormais qu'’une restructuration partielle de la CENI. Cette ingérence du pouvoir exécutif dans le processus législatif a provoqué l’ire de l’'opposition : lundi 3 septembre 2012 plusieurs membres de l’'opposition ont démissionné du gouvernement, de la CENI et du CNT pour protester contre les dérives 'autocratiques'  du président Alpha Condé. 

La classe politique a regretté ces départs, dénonçant le comportement carriériste des responsables de l’'opposition, accusés de servir leurs intérêts personnels plutôt que le peuple guinéen.