Libye : Désignation du gouvernement le 20 octobre 2012

ali-zeidan-premier-minsitre-libye-1.jpegAli Zidan, premier ministre 

Le nouveau premier ministre Ali Zidan a jusqu’au 27 octobre 2012 pour désigner son gouvernement, dont les membres doivent être approuvés un par un par le congrès général National. Sur fond de tensions persistantes d’ordre sécuritaire, la formation de l’exécutif apparaît comme une urgence, après l’échec des tentatives de Moustafa Abouchagour, prédécesseur de Zidan et démis de ses fonctions par une motion de retrait de confiance.

Ali Zidan a été élu le 13 octobre 2012 en remportant le scrutin parlementaire par 93 voix contre 85 à son opposant Mohammed Al Harari. Ancien diplomate et opposant à Kadhafi depuis les années 1980, il a joué un rôle important dans la mobilisation internationale aux côtés du soulèvement contre le dirigeant libyen. Ayant été élu au parlement en tant qu’indépendant, il a été candidat malheureux à la présidence du Parlement face à Mohamed Magarief, avant de démissionner de sa fonction de député afin de se porter candidat au poste de chef du gouvernement.

Bien que Zidan comme Harari n’ont pas d’étiquette politique, les observations tendent à montrer que le second a été soutenu par les Frères musulmans et des indépendants, alors que le Premier ministre élu aurait bénéficié de l’appui de l’alliance des forces nationales de Mahmoud Jibril, ainsi que d’autres indépendants.

Ali Zidan dispose maintenant de deux semaines, soit jusqu’au 27 octobre 2012, pour présenter une liste de son gouvernement. Le congrès doit discuter dans les jours à venir de la possibilité de changer le processus de ratification de la composition de l’exécutif. En effet, pour le moment, chaque membre proposé doit être approuvé par le vote des députés, à défaut un nouveau nom doit être rapidement soumis par le Premier ministre.

Ainsi, une semaine avant l’élection de Zidan, Moustafa Abouchagour, élu à la tête de l’exécutif le 12 septembre 2012, a été démis de ses fonctions par une motion de retrait de confiance votée par le congrès après deux propositions de gouvernement infructueuses, les membres des listes soumises à l’appréciation des députés n’en satisfaisant pas la majorité pour diverses raisons.

En effet, les lignes de rupture politique libyennes sont multiples et surtout peu prévisibles, étant donné le vide en la matière durant toute l’ère Kadhafi. Les divisions tribale, locale, régionale, se superposent à l’affrontement classique entre libéraux nationalistes et conservateurs islamistes, ainsi que la position adoptée pour ou contre Kadhafi pendant la guerre civile. La composition du congrès témoigne de cette importante disparité des intérêts : 80 sièges sont alloués aux partis, représentant ainsi un échiquier politique dont les grilles de lecture paraissent familières ; et 120 sont attribués à des candidats dits "indépendants" . Ceux-ci reçoivent ainsi un mandat nécessairement local et tribalisé de la part des votants, ce qui explique que parmi les critiques par rapport aux propositions de gouvernement d’Abouchagour, d’aucuns ont avancé l’absence de représentant de telle localité ou de telle tribu dans le collectif des ministres. La fracture idéologique entre islamistes et laïcs est donc au mieux secondaire, au pire non-pertinente pour expliquer la situation politique libyenne