Libye : élections le 7 juillet 2012

Les électeurs libyens se rendront samedi 7 juillet 2012 aux urnes pour élire un congrès national, le premier élu démocratiquement depuis près de 50 ans. Ce scrutin est l'’un des piliers de la transition démocratique qu’'a entreprise la Libye, même s'’il ne saurait résoudre tous les défis que le pays doit encore relever.

Cette élection, reportée par le conseil national de transition -CNT- une première fois, doit conduire 200 candidats à la députation, qui seront par la suite amenés à sélectionner une commission constituante composée de 60 membres. L'’enjeu de ce scrutin est donc majeur pour les institutions libyennes qui tentent actuellement de se reconstruire tant sur le plan de leur légitimité que de leur autorité. En effet, depuis la chute de Moummar Kadhafi, les autorités intérimaires peinent à maintenir l’'ordre en Libye, en raison notamment de deux facteurs combinés : la prolifération des armes -plus de 250 000 selon les chiffres communément admis- et des rivalités intertribales qui contribuent à la fragilisation de la situation sécuritaire. 

Les événements récents survenus à al-Koufra à plusieurs reprises illustrent ainsi cette tension permanente entre les différents clans libyens, qui se disputent le contrôle de territoires, de voies de communication et d'’infrastructures. Par ailleurs les milices armées, présentes sur l’'ensemble du territoire, continuent à réclamer une intégration pleine et entière de leurs membres -environ 70 000 encore sous l’'autorité de chefs locaux dans les instances militaires et policières, une intégration que le CNT tarde à mettre en place en raison de la faiblesse de ses moyens. En outre, les milices réclament un poids politique conséquent, proportionnel à leur implication lors de la révolution, ce que les autorités sont réticentes à leur accorder car elles ne souhaitent pas favoriser l’'apparition de clans au sein des institutions. 

Cette élection prend donc place dans un contexte politique et sécuritaire particulier, ce que n’ont pas manqué de souligner l'’ensemble des candidats à la députation. Parmi eux, un certain nombre a ainsi placé la question sécuritaire au coeœur de leurs programmes de campagne, notamment à Benghazi, où les candidats partisans de l’'unité nationale ont axé leurs déclarations sur le désarmement des milices et l'’affectation de plus de moyens à l’'armée nationale libyenne.

En effet la capitale de la Cyrénaïque a régulièrement été la cible d’'attentats ces derniers mois à l'’encontre des autorités de la ville et des représentations étrangères. S’estimant largement défavorisée sous le règne de Mouammar Kadhafi, la Cyrénaïque, la région la plus riche en ressources naturelles, revendique aujourd’hui un statut aussi important que la Tripolitaine, région qui comporte la capitale. C’'est dans cette perspective qu’'elle a déclaré unilatéralement le 6 mars 2012 son autonomie, soulevant la question de l'’adoption du fédéralisme pour la Libye. Toutefois, ce système ne semble pas emporter une franche adhésion de la population qui y voit une division du pays et un affaiblissement encore plus grand du pouvoir central. Dans cette optique, beaucoup espèrent que le scrutin mettra fin à l’'incertitude politique qui freine aujourd'’hui la mise en place de mesures nécessaires à une reconstruction durable du pays. L’'élection doit par ailleurs faire face à un problème structurel. En effet, les électeurs libyens ne maîtrisent pas encore le processus électoral, inédit pour eux depuis plusieurs décennies. Ainsi, différents observateurs mandatés par les ONG ou des institutions régionales pour établir le bon fonctionnement du scrutin ont pointé du doigt la difficulté pour les électeurs de s’approprier le droit de vote. 

Si les observateurs ont pu noter la confusion et le désarroi des votants devant le procédé de l’élection, la profusion des candidats, notamment indépendants, contribue tout autant au manque de lisibilité du scrutin. Toutefois, ces mêmes observateurs ont observé plusieurs données encourageantes, comme le fort nombre d’inscrits sur les registres électoraux ou encore les 600 femmes candidates à la députation, un chiffre élevé dans un pays réputé conservateur. Cette élection s'’inscrit donc dans un processus de transition démocratique complexe, mais néanmoins encourageant.

La reconstruction de la Libye, et notamment de ses institutions, passe nécessairement par ce scrutin, le premier de ce type depuis plusieurs décennies, et l’'ensemble des acteurs s'’accorde sur son importance. Parmi les priorités réclamées par la population, le désarmement des milices, leur intégration dans les instances sécuritaires, ainsi qu'’un possible système fédéral qui pallierait la faiblesse du pouvoir central actuel polarisent le débat public ; ils seront des thèmes auxquels la nouvelle assemblée devra s’'atteler rapidement pour ne pas décevoir une population aux attentes très fortes. Le cas échéant, la situation pourrait se dégrader, compte tenu des revendications des partisans du fédéralisme, des exigences des milices et des rivalités entre tribus particulièrement vives dans la province de Fezzan située dans le sud de la Libye.