Yémen : Election présidentielle le 21 février 2012

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Près d'un an après le début des manifestations massives, et des affrontements entre protestataires et forces de l’'ordre, le Yémen se prépare pour l'’élection présidentielle. Prévue le 21 février 2012, elle s'’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé, par les attaques de groupes affiliés à Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique -AQPA- au sud, et les violences entre zaïdites chiites et fondamentalistes sunnites au nord-ouest du pays.

Conformément à l'’accord négocié sous l'’égide du conseil de coopération du Golfe -CCG-, signé en novembre 2011 après 10 mois de contestation et d'’affrontements, l’'élection présidentielle, mettant fin à 33 ans de règne du président Saleh, se tiendra mardi 21 février 2012.

L'’unique candidat, le vice-président Abd Rabbo Mansour Haddi, qui occupe sa fonction depuis 1994, est considéré comme un des membres du parti au pouvoir, le congrès général du peuple -CGP-, les plus ouverts au dialogue avec l’opposition. Perçu comme le "candidat du consensus", il occupera les fonctions suprêmes pour une période de transition de 2 ans, visant à préparer le pays à des élections ouvertes aux partis d’opposition et à rétablir une certaine stabilité. Le mouvement d'’opposition anti-gouvernementale poursuit quant à lui ses critiques contre l'’influence encore prégnante du président Saleh dans le processus politique, alors que le pays est confronté à l’'occupation de plusieurs gouvernorats du sud par des groupes liés à AQPA ainsi qu'’à des velléités sécessionnistes de multiples organisations dans les régions du sud et du nord-ouest. 

Le mouvement de contestation s'’inquiète en effet de l'’emprise persistante du président Saleh, qui suit actuellement un traitement médical aux Etats-Unis, sur le pays via ses réseaux dans l’'armée -son fils dirige la Garde Républicaine, et son demi-frère l’'armée de l’air', l'’économie -plusieurs de ses proches sont toujours placés aux postes clés-, et la politique -il demeure le leader du CGP, qui dispose de 200 sièges sur les 301 du parlement-. Alors que le parlement a voté le 21 janvier une loi actant une immunité pour lui et ses proches, suscitant l’ire des contestataires et des organisations de défense des droits de l’'homme, l’'influence du président Saleh dans le jeu politique yéménite demeure problématique et source de tensions. L'’opposition politique, rassemblant les 6 partis les plus importants au sein des JMP -Joint Meeting Parties- se satisfait néanmoins pour l'’instant de ce dispositif transitoire, ayant obtenu la moitié des postes au sein du gouvernement intérimaire, dont celui de premier ministre. A contrario, les dizaines de milliers de jeunes ayant porté le soulèvement populaire, et dont un grand nombre campe toujours dans les rues de Sanaa et des autres grandes villes, s’estiment lésés par l'’accord du CCG, ainsi que par l’'immunité accordée à M. Saleh, et pourraient tenter de perturber l'’élection en intensifiant leurs rassemblements dans les prochains jours.

Cette contestation de la tenue du scrutin est partagée par d’'autres organisations, de manière beaucoup plus radicale, dont AQPA, le mouvement sécessionniste du sud, et les rebelles zaïdites, déjà impliqués dans les récentes violences qui frappent le pays, et dont les appels à empêcher l’'élection pourraient provoquer une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire ces prochains jours. Considérant la démocratie comme un concept occidental introduite par les Etats-Unis, les groupes liés à AQPA, qui ont pris le contrôle de plusieurs gouvernorats du sud du pays, dont ceux d’'Abyane, Shabwa, Bedia ou al-Jawf, depuis mai 2011, ont déjà annoncé qu’'ils n'’autoriseraient pas les comités électoraux à pénétrer sur leurs territoires. Pour sa part, le mouvement du sud, qui rassemble des dizaines de milliers de personnes, s’'oppose à l'’accord du CCG et considère l’'élection "illégitime". L'’organisation est soupçonnée d’'avoir organisé le premier attentat contre un bureau électoral à Aden, mardi 21 février 2012. Enfin, les rebelles chiites zaïdites, actifs dans les gouvernorats de Saddah, Amran et Hajja, dans le nord-ouest du pays, militent en faveur d’une plus grande autonomie, et ultimement, de la restauration de l’'imamat zaïdite d’avant 1962. Ils rejettent également l'’accord de novembre, du fait de l’'implication de l'’Arabie Saoudite dans ce dernier, le Royaume saoudien ayant lancé une offensive contre leur organisation en 2009.

La tenue de l'’élection présidentielle, étape décisive du processus de transition, au Yémen, pays le plus pauvre du Moyen-Orient, risque ainsi d'’être émaillée de nouvelles violences, mais demeure nécessaire dans les efforts visant à la construction d’'un état unifié et stabilisé.