Appelez moi "Monsieur le Président, s'il vous plait !

Par Guy José Kossa

Combien de mortels ici-bas – s’ils en avaient franchement l’opportunité -, arriveraient-ils, ou mieux, accepteraient-ils de se passer volontairement, sans résistance et sans regret s’entend, du titre de « Président », c’est-à-dire, de la dignité, de l’honneur, du pouvoir, de la puissance, mais également, des fausses illusions, que renferme étrangement et diffuse instinctivement ce substantif "magique" aussi sublime, magnanime, éminentissime, que fabuleux, prestigieux et glorieux !

Apparemment, comme cela fait du bien d’être "Madame la Présidente" ou "Monsieur le Président" !

Un jour, alors qu’un ami de mes connaissances m’avait fait l’honneur de me convier à sa table à l’occasion d’un dîner strictement familial, j’eus la surprise de noter – sans pour une fois avoir le courage de demander systématiquement-, que son épouse et ses trois enfants, n’avaient cessé pendant toute la soirée, de lui donner du "Monsieur le Président", à chaque fois qu’ils voulaient s’adresser à lui ou le désigner. Une semaine plus tard, au hasard d’une rencontre banale, mon hôte de ce jour, en réalité n’a cessé visiblement d’apprécier et de jubiler à chaque fois que je l’appelais "Monsieur le Président". En effet, c’est ce qu’il allait m’expliquer pour que je comprenne à mon tour, cet ami d’enfance, avait depuis dix ans, créé un parti politique dont – pour être très gentil -, le rayonnement et l’assise territoriale, à mon avis, ne devraient franchir et dépasser les quatre murs de sa concession. Encore qu’il reste à savoir si son épouse et les enfants qui paraissent lui être dévoués, sont des militants libres, convaincus et engagés véritablement, ou s’ils sont simplement des personnes condamnées à l’obéissance et au respect de l’autorité de qui ils reçoivent et à qui ils doivent tout. Quoiqu’il en soit, il faut dire qu’en RCA, mon ami n’est pas du tout le seul dans son cas. L’essentiel c’est d’être "Président" de quelque chose, de préférence d’un parti dit politique ou d’une certaine organisation, si l’on veut par exemple prendre part au forum de Bangui !

Quant à la course à la présidentielle centrafricaine devenue un véritable sport national, il me semble inutile d’en reparler ici. Être candidat conduit quasi automatiquement à se faire appelé "Président". Plus tard, la carte de visite ou le CV, pourront alors porter – ultime lot de consolation -, la mention en grands caractères : Ancien candidat à la présidence de la république

Et plus j’y pense, plus je crois qu’il serait souhaitable, dans un souci de « très large consensus national », que tous les détenteurs d’autorité deviennent plutôt des  "Présidents", en commençant au niveau des familles. Ainsi on aura chez nous en RCA, des "présidents de famille, présidents de quartier, présidents d’arrondissement, présidents de commune, présidents de préfectures, de sous-préfecture, de mairie, des écoles, de ci de ça etc…".

En considérant les trois premières institutions politiques de la transition, j’estime qu’il y’a là une grave injustice que "l’histoire" devrait réparer, présentement à l’endroit de Mahamat Kamoun, que l’on continue malicieusement d’appeler simplement "Premier Ministre" alors qu’en face de lui se trouvent deux Présidents : Samba-Panza la Présidente de la Transition, et Nguendet, le Président du Conseil National de Transition. Ceci dit, pourquoi au lieu de premier ministre ou chef de gouvernement, Mahamat Kamoun ne serait pas le "Président du Conseil du gouvernement de la transition?"

D’ailleurs, l’intéressé lui-même semble avoir compris la supercherie dont il est "victime" et a ainsi engagé une campagne de dénonciation qui ne dit pas son nom, afin de rétablir l’équilibre. Vous l’aurez certainement remarqué, Mahamat Kamoun, pour prouver sa compétence à ceux qui en douterait encore, semble avoir décidé, de gouverner désormais, en "Présidant" de multiples réunions et en "Président » de plusieurs comités:

  • Président du Comité d’Attribution des Marchés dans le cadre des actions gouvernementales (CAMG)
  • Président du Comité de Pilotage du Processus Politique de l’après Forum de Brazzaville (CPPPFB)
  • Président du Comité Stratégique de Suivi des Elections (CSSE)
  • Président du Comité de Suivi du Forum de Bangui (CSFNB)

Veuillez, s’il vous plaît, excuser notre actuel Premier du peu, car ce n’est pas tout mais je ne m’arrêterai qu’à ça.

Diantre ! Peuple Centrafricain ingrat, pourquoi refuses-tu de donner à Kamoun du "Monsieur le Président", lui qui ne de dispute rien à personne et ne rêve de rien tant que d’être président de tout sauf de la RCA ?

Mais avant qu’il ne soit trop tard, vous l’aurez remarqué aussi j’espère, partout où il est question de « suivi » dans cette transition, rien ou personne ne "suit" ou tout le monde suit mais sans résultat concret.

En prenant uniquement l’exemple du forum de Bangui, que pourrait-on en attendre, si les mêmes qui ont dirigé ou participé aux réunions préparatoires et encadré le déroulement des travaux, sont également ceux qui sont chargés du suivi des recommandation "peu recommandables" de ces assises ? Pathétique !

N’ai-je point écrit ici ou ailleurs ces lignes : "Décidément la RCA rend fou ! Plus est, en RCA, tout concourt au bien de ceux qui en RCA gouvernent mal…ou qui face au mal, se taisent !" ? Allez-y savoir !

Dès lors, et puisqu’en matière de mauvaise gouvernance le pouvoir en Centrafrique se mêle de tout et instrumentalise tout, l’on arrive à comprendre aisément ce qui se passe malheureusement aujourd’hui, au sujet de l’élection du Président – encore ce fameux titre ! – du Comité National Olympique et Sportif CentrAfricain (CNOSCA).

Pour tout dire, si l’on y prend garde, nous sommes en train de vivre ici, le "brouillon" en miniature, de ce qui pourrait arriver – que Dieu nous en préserve -, pendant et après les prochaines présidentielle et législatives en RCA. Ainsi, notre pays, passé expert dans l’art de ne copier et suivre que les mauvais exemples dans le monde, finira par nous reproduire le scénario post électoral de 2011 en Côte d’Ivoire !

Plus prosaïquement, en ce qui concerne actuellement le CNOSCA, deux camps sont face à face : d’un côté le "camp Gbagbo"ou "camp Samba-Panza" installé au siège mobile de la présidence, autours des ténors que sont : Grezenguet, Gambor, Guyama, Ngaïssona et autres.

De l’autre côté, l’on retrouve au Golf Hotel ivoirien devenu Ledger en Centrafrique, le "camp Ouattara", celui de la résistance à la forfaiture, tenu par : Gbeti, Kamach, Fleury Otto, Henriette Youanga et les autres…

Dans ce bras de fer engagé depuis plusieurs semaines, l’histoire ivoirienne va-t-elle se répéter en Centrafrique par la prise de la présidence par les intrépides résistants de Ledger ?

Rien n’est gagné d’office, quand on connaît la détermination du pouvoir actuel qui entende ne rien lâcher, mais bien au contraire tout verrouiller et choisir lui-même ceux qui doivent occuper des fonctions dans cette République, y compris les fonctions de Président de la République et députés.

Le constat est là et bien là : Jusqu’à présent, le camp Samba-Panza semble avoir toujours triomphé. Il réussit et obtient tout ce qu’il tient et soutient.
Mais est-ce à dire pour autant que tout devra continuer à lui réussir, bon gré mal gré ?

E kou E ba ti so si !

Décidément, la RCA rend fout ! Et des centrafricains déjà fous, veulent absolument rendre fou, ceux qui ne sont pas du tout fou, et ceux qui ne pas encore totalement fou !

Guy José Kossa, GJK - l'élève certifié de l'école primaire tropicale et indigène du village Guitilitimo - Penseur social - 27 mai 2015