Et la grande Montaigne a accouché d'une furie !

Par Guy José Kossa


"Quand tu montes à l’échelle, souris à tous ceux que tu dépasses,car tu croiseras les mêmes en redescendant." (Proverbe américain)

Les mélomanes et admirateurs centrafricains de Hilarion Nguema, l’immense artiste musicien gabonais des années70-80, se souviennent encore très certainement, du grand classique "Quand la femme se fâche www.youtube.com/watch?v=OpVCw7KQnhw ", dont il me plaît de rappeler ici quelques vers libres

"Attention attention à la Femme…

Quand la Femme se fâche, y’a plus de secret

Quand la Femme se fâche, y’a plus de confiance

Quand la Femme se fâche, le secret est dehors

Si tu es voleur, elle va le dire

Si tu es………, elle va le dire

Quand la femme se fâche, elle va te trahir…"

Ça, c’est la femme tout simplement.

Alors, qu’en est-il d’une Femme et Ministre, pas en colère, mais en furie ? Osez l’imaginer : c’est vraiment le risque d’un grand déballage d’état !

Mais cependant, qu’on veuille bien se rassurer. Par rapport aux "gesticulations et menaces" de l’ancienne Ministre de la Réconciliation et Porte-parole de la présidence il y’a encore quelques semaines, si l’on me demandait mon avis, je dirais ceci :

"La grande Montaigne a beau accouché d’une furie, ça fait pschitt… !"

Franchement ! Antoinette Montaigne, va-t-elle aujourd’hui essayer de nous faire gober, qu’elle n’a pas cru comme fer à ce régime ; qu’elle ne l’a pas défendu bec et ongles quand c’était le flirt des convictions ; bref, qu’elle n’a pas profité – sans le dénoncer -, du système Samba-Panza, en espérant même que celui-ci durerait à vie ? Pourquoi n’avait-elle donc pas démissionné et marqué son opposition avec la politique menée par la Présidente de la transition étroitement encadrée par Demafouth, Mabingui et les autres contre qui aujourd’hui, elle n’a pas de mots suffisamment durs pour les qualifier et vilipender ? Par ailleurs, le forum de Bangui, n’a-t-il pas été bouclé il y a plusieurs semaines ? Madame Eckomo et Monsieur Nzewe qui auraient détourné de l’argent, et qu’elle dénonce depuis qu’elle a été poussée très loin de la mangeoire, qu’a-t-elle comme preuve de ses accusations contre eux et que je me ferai le plaisir de publier sur ce site ? Ces genres de documents explosifs, disons-le tout net, s’ils existent effectivement, n’importe qui a la place de Montaigne et plus encore Montaigne elle–même, ne peut les avoir gardés dans ses bureaux, à moins d’en avoir fait des copies, quand on connait tous les moyens qu’offrent de nos jours les NTIC ! De surcroît, notre ex ministre, d’après ce qu’elle laisse entendre, se savait menacée, détestée et livrée en pâture à des journalistes instrumentalisés. Au fait, n’eût-elle pas mieux fait, à défaut de démissionner, de se montrer plus prudente et plus aguerrie, elle qui aurait la réputation d’avoir un certain parcours politique ?

Que l’on veuille bien me comprendre. Mon rôle ici, n’est pas de chercher à savoir si tout ce que "déverse" Antoinette Montaigne qui serait victime d’abus d’autorité, de fausses machinations ou de jalousie est vrai ou faux. Samba-Panza, qu’on le veuille ou pas, incarne aujourd’hui l’institution présidentielle. A ce titre, elle est seule détentrice du pouvoir discrétionnaire – et même inique – de nomination et de révocation lorsqu’il s’agit des hautes fonctions de la république. Et ce serait trop lui demander que de livrer au grand public, les motifs de ses décisions, qu’elles soient considérées comme justes ou injustes. Ce qui ne nous empêche pas de les analyser ou de les critiquer en démocratie, même centrafricaine.

Ceci dit, par principe – et cela n’engage que moi -, je ne suis pas de ceux qui se laissent émouvoir ou attendrir systématiquement, par les larmes de crocodile – dussent-elles coulées comme le fleuve Oubangui -, des " révoltés de la 25e heure", ceux qui avant d’en être victimes, furent de fervents défenseurs et complices du système auquel ils ont contribué. Que tous ceux qui osent "cracher dans l’assiette" où a été servie la sauce qu’ils ont pourtant savouré avec une délectation gourmande, soient tous considérés comme des traîtres, surtout quand ils n’ont pas eu le courage de se retirer avant de se faire balayer. Et en ce qui concerne particulièrement Antoinette Montaigne, elle a manqué au moins par deux fois de belles opportunités de sortir la tête haute, par la grande porte de la petite histoire politique centrafricaine :

En avril 2014 – j’en veux pour preuve mon article "Partition : La RCA vendue et les centrafricains trahis" -, quand elle a dénoncé courageusement la communauté internationale en tant que ministre de la réconciliation, pour le déplacement des populations musulmanes de Bangui vers l’intérieur de la RCA, comme " constituant de facto les prémices de la division de notre pays". On s’en souvient, elle n’avait absolument pas été soutenue à l’époque, par quelque autorité de la transition. Bien au contraire. Et tous ceux qui avait vu dans ce lâchage, le signe indien qui devait la conduire vers la sortie du gouvernement, n’attendirent pas bien longtemps. Elle aurait dû comprendre immédiatement que Samba-Panza en tant que chef d’Etat n’a plus d’amis, et qu’il lui fallait en ce moment précis, "quitter les choses avant que les choses ne la quittent".

Débarquée du gouvernement Nzapayéké II, Antoinette Montaigne à ce qu’il paraît, n’avait pas- comme beaucoup d’autres d’ailleurs -, trouvé mieux que de faire les pieds et les mains, pour se voir confier les fonctions de porte-parole de la présidence. Il n’est certainement pas inutile à ce stade, de relire la Chronique du village Guitilitimo, "Guimôwara et les adeptes des officines politiques centrafricaines des bords de Seinepour se rappeler toutes les péripéties qui entourent certaines nominations à des postes de responsabilité en Centrafrique. Bref, Ministre Porte-parole de la présidence, c’était un véritable cadeau empoisonné et une coquille vide en ce qui concerne Montaigne. A-t-elle jamais été reconnue dans son rôle, joui de l’autorité, et exercé tous les pouvoirs de ses attributions ? Personnellement, je ne compte pas beaucoup de circonstances – et possiblement même aucune –, dans lesquelles son "charisme" a pu se manifester de manière éclatante et visible. Dès lors, quand on se sait étouffé, bâillonné, négligé, insulté que sais-je encore, pourquoi donc vouloir s’accrocher "à la vie ou à la mort" au titre de ministre jusqu’à se faire virer comme une malpropre ?

Dans tous les cas, la seule excuse, si on veut vraiment en trouver une à Montaigne, c’est peut-être de se dire qu’en RCA, depuis les indépendances jusqu’à nos jours, des ministres démissionnaires, Dieu seul sait s’il en a eu et s’il en aura ! C’est à croire que dans notre pays il est inimaginable qu’un ministre démissionne de ses fonctions pour des raisons de conviction ou de désaccord !

Tout compte fait et toutes proportions gardées, j’ai aujourd’hui envie – quitte à passer pour un sexiste -, de vociférer à tue-tête:

"Nom de Dieu ! Mais les femmes de cette transition que sont-elles en train de nous montrer-là !"

Plus est, "la légion étrangère française" particulièrement, a vraiment de quoi à passer pour atypique. Hier c’était Gisèle Bedan débarquée du gouvernement qui s’était mise à prêcher l’évangile : "Allume-t-on une lampe pour la mettre sous le boisseau ?… La lumière et les ténèbres ne peuvent cohabiter…Là où cette lumière est entrée, les ténèbres se sont agitées !". Depuis que cette "Lumière" a été repêché au niveau du "garage d’honneur" de la présidence, il semble que sa lueur est devenue plutôt pâle et la "prophétesse" ce serait un peu calmée.

Et voici qu’aujourd’hui, c’est le tour de la grande Montaigne qui accouche d’une furie qui fait sourire !

Décidément, la RCA rend fou !

Guy José Kossa - GJK – L’élève certifié de l’école primaire tropicale et indigène du village Guitilitimô - Penseur social

Le 14 juin 2015