Partition : La RCA vendue et les centrafricains trahis

Par Guy-José Kossa

Pour le commun des centrafricains, qu’il me soit permis de restituer les faits ci-dessous, tels que rapportés par Radio France Internationale (RFI) :

Publié le 22-04-2014 Modifié le 22-04-2014 à 11:43: "… La relocalisation des 1 500 musulmans, bloqués depuis des mois dans le quartier du PK12 de Bangui, a débuté dimanche 20 avril avec le départ d’un premier convoi… Une opération vivement critiquée par la ministre en charge de la Réconciliation qui aurait préféré être associée à la décision." : "J’ai beau être membre du gouvernement, personne ne m’a contactée en tant que ministre de la Réconciliation pour voir ce que je peux faire. Nous, nous constatons simplement que la communauté internationale déplace les populations musulmanes tantôt à l’extérieur du pays, tantôt à l’intérieur du pays, constituant de facto les prémices de la division alléguées de notre pays".

Publié le 24-04-2014 Modifié le 24-04-2014 à 11:18 "La ministre a une nouvelle fois regretté de ne pas avoir été consultée sur le sujet… La ministre a dit comprendre l’indispensable besoin de protection des populations à risque, mais craint que leur relocalisation dans des villes de l’Est ou du Nord ne favorise la partition du pays. Antoinette Montaigne croit plus à un rétablissement de la sécurité à Bangui, grâce à un effort sur le désarmement et un appui plus fort de la communauté internationale, sur les actions menées en faveur de la réconciliation. Mais pour la représentante du HCR à Bangui, "le gouvernement avait été informé en haut lieu… "

Fin de citations

Un proverbe tiré de la sagesse africaine multiséculaire, que vous me permettriez d’évoquer en support à mon analyse, rapporte ceci : "la vérité existe au-delà de Montaigne, – pardon que dis-je – des montagnes. Pour la connaître, il faut voyager". Aussi, si vous le souhaitez, à travers les méandres et les dédales de la très complexe situation centrafricaine, essayons d’avancer ensemble sans passion, ni précipitation, en suivant le fil de la réflexion axée sur les points que voici :

A- La sortie de la ministre en charge de la communication n’est pas un fait anodin. A mon avis Antoinette Montaigne n’a pas encore tout dit.  

D’après ce que nous révèle sa biographie, Madame Antoinette Montaigne, membre du gouvernement des technocrates depuis le 27 janvier 2014, est avant tout une femme politique franco-centrafricaine. Depuis 2008, jusqu’à sa nomination en qualité de ministre, elle  a été en tant qu’élue UMP (parti politique français), conseillère municipale de Bussy-Saint-Georges (banlieue parisienne). Beaucoup de centrafricains la connaissent pour son militantisme,  et son engagement pour la RCA ne date point du jour de sa nomination.  Ceci dit, il convient  donc de souligner que :

1-  Nous ne sommes pas ici en présence d’une Antoinette Montaigne, novice, inculte et à ce point imprudente en politique. En conséquence, tout chef d’accusation ou de condamnation, autant que tout argument de défense, qui tenterait de se fonder sur une prétendue  inexpérience politique de la Ministre, ne résiste point à l’analyse et est à rejeter de ce fait. Antoinette Montaigne savait et mesurait très bien l’ampleur de sa déclaration.

2-  A supposer même que la déclaration de Mme la Ministre du 21 avril 2014 fut une erreur , ce qui n’est pas à notre avis le cas ;  le fait d’avoir, le 24 avril 2014, convoqué expressément la presse pour mieux "enfoncer le clou", n’est ni une faute, ni un acte anodin irréfléchi. De ce fait, elle mérite que de très amples explications et précisions soient données. Le peuple a le droit de savoir.

3-  La déclaration du 21 avril 2014, était publique, enregistrée, et diffusée sur les ondes de RFI, cette radio internationale dont nul n’ignore la taille et la portée des informations.  Que s’est–il passé entre cette date du 21 avril et celle du  24 avril 2014 ? La Présidente de la Transition, le Premier Ministre, les Ministres ainsi que la multitude de Directeurs de Cabinets, Ministres-conseillers, Conseillers et autres Experts à la Primature et à la Présidence, n’étaient–ils au courant? Pourquoi et comment il s’est passé par la suite, ce qui s’est passé devant la presse ? Et le CNT dans tout  cela ? Pourquoi n’a-t-on jugé utile et urgent, de  recadrer la Ministre, avant sa tonitruante sortie, en définitive courageuse et salutaire ? Qui serait naïf à croire, que la détermination nationaliste dont elle a fait montre, est un simple coup de sang épidermique de Mme Antoinette Montaigne ?

4-  Oserait-on avancer, que la Ministre centrafricaine en charge de la communication et  la réconciliation, souffrirait d’une crise de paranoïa ou qu’elle serait sujette à un trouble bipolaire cyclique ? Si tel est le cas, il faudrait alors exiger la double démission immédiate de Mme Samba-Panza et de Nzapayéké son Premier Ministre, pour avoir délibérément, confié à une "malade", le sort du peuple centrafricain lui-même malade de ses psychodrames à répétition ! Dès lors, le peuple exige que soit rendus publique, tous les bulletins de santé et les enquêtes de moralité de ceux qui ont la charge de conduire son destin.

B- Au-delà de la relocalisation, la partition : Mme Samba-Panza, le gouvernement et le CNT ouvertement coupables et complices de trahison

Aucun esprit hautement patriotique, aucune âme profondément centrafricaine, ne peut comprendre, expliquer et admettre aujourd’hui, la partition de la République Centrafricaine. Cependant, un scénario dramatique de scission, pensé et écrit d’avance, par les ennemis de la RCA ; un scénario bien réfléchi et rodé venu d’ailleurs, soumis à l’assentiment de traitres convaincus et de collabos infiltrés, est en train de se dérouler ; insidieusement, calmement et sous couvert de l’humanitaire, devant les regards impuissants de résistants Centrafricains, que tous, nous sommes appelés à être. Pour s’en convaincre suivons une fois de plus, point par point, mieux,  acte après acte la progression vers le dénouement déjà connu :

ACTE I

 Le coup de semonce télécommandée du 22 décembre 2014 de Sabone Abakar

"Dans un délai d’une semaine nous allons prendre la décision, tous les nordistes musulmans, de demander la sécession de la République centrafricaine en deux : le Nord et le Sud".

Place au commentaire tiré d’un article du 28 décembre 2013 publié par Alain Lamessi : "Pas si rigolo que ça ! Qui a dit que le sieur Abakar Sabone est un piètre illuminé qui a déliré, ce dimanche 22 décembre 2013, sur la partition de la République centrafricaine lors de la conférence de presse qu’il a tenue devant les média du monde entier ? "

ACTE II

 La consécration internationale de l’idée de partition

Publié le 02.01.2014: "Le député du Val-d’Oise (département de la région parisienne) Axel Poniatowski (UMP) a estimé jeudi que les Nations Unies devaient "impérativement" ,  "tout de suite", prendre le relais de la France en Centrafrique, et a suggéré une « partition Nord/Sud » dans ce pays. http://www.leparisien.fr/lille-59000

Par AFP, publié le 14/02/2014 à 15:20, mis à jour à 17:39 "La question de la partition a été mise sur la table cette semaine par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon en personne, qui a estimé que l’éclatement du pays était tout à fait possible"

Vendredi 28 Février 2014 à l’Archevêché de St Paul à Bangui, François Hollande : "pas de partition de fait, pas d’esprit de séparation". En d’autres termes, la partition de droit, et les modalités de la coexistence pacifique future, qui sont à l’étude, on en parlera quand le moment sera venu.

Alors, s’il vous plaît, question pour un technocrate incompétent : Hormis les déclarations à l’emporte-pièce, et au petit bonheur la chance, de Madame Samba-Panza, et de tous ceux qu’on n’a pas beaucoup entendu sur la question ( Nzapayeke, Nguendet et les politiques); quelle initiative internationale énergique, quel projet de résolution élaborée, quelle posture guerrière conséquente, – si vis pacem para bellum – les autorités amorphes de Bangui, ont-elles jusqu’ici adoptée, contre la scission de la RCA ?

ACTE III

Les troupes de la Séléka encouragées à rentrer au nord avec armes et bagages pour défendre militairement l’idée de la partition

Ceci est un secret de Polichinelle pour tous les centrafricains. J’allais même dire que c’est un véritable pied de nez au gouvernement, qui ne dit rien, ne fait rien, ne peut rien, ne décide rien. Il est obligé de tout subir. La Séléka arrive, vole, pille et tue. Ensuite, elle se replie tranquillement sur les terres qui regorgent d’or et de diamant, et où l’odeur de pétrole attire de plus en plus de "charognards internationaux".

Abakar Sabone, encore lui, nous  le confirme : "Notre but est de regrouper tous les musulmans centrafricains dans la Vakaga où ils doivent élire domicile….Aujourd’hui, le conflit est confessionnel. La partition de la RCA dépend de la France…Dans ce contexte, c’est désormais la politique du talion qui prévaut : œil pour œil, dent pour dent. " dans Jeune Afrique.

ACTE IV

Pendant qu’on autorise la Séléka à conserver ses armes, on "désarme" en refusant de la réarmer l’institution militaire de défense nationale et demande aux soldats de regagner les pénates

"La présidente de la transition Catherine Samba-Panza a demandé publiquement le réarmement de l’armée, de la police et de la gendarmerie centrafricaines. Problème : la communauté internationale est loin de partager son point de vue" dans Jeune Afrique.

Soit. Admettons que la communauté internationale refuse ou retarde le réarmement pour les raisons que l’on n’ignore plus. Mais pourquoi au niveau national, refuse-t-on de rappeler sous les drapeaux, les éléments des FACA, quand on sait qu’ils sont capables de se battre, même les mains nues ? Communauté internationale ? On ne sait même pas de qui il s’agit précisément. Par ailleurs, le rôle très trouble, du Conseiller de Mme Samba-Panza en matière de défense dans le blocage des FACA cache mal ce qu’on veut nous cacher. Ancien Ministre de la défense, ancien responsable des renseignements généraux, ancien compagnon de route d’au moins trois généraux auteurs de coup d’état, ancien chef rebelle dont le mouvement quoiqu’on dise reste très actif, ancien candidat aux élections présidentielles, ancien responsable du DDR, homme aux multiples coups tordus et toujours proche des armes. Pour ne citer que cela. L’unique appétence de cet ambitieux reste et demeure celui de devenir Président de la république, à tout prix. Mme Samba-Panza, vous êtes prévenue : s’il lui faut mettre à exécution le plan qu’il concocte pour prendre votre place, cet homme sans foi ni loi, dont vous avez cru devoir en faire votre éminence grise, ne vous loupera point. Malheureusement, l’ivresse du pouvoir vous a rendue arrogante, et votre arrogance n’a d’égale que votre naïveté qui vous prive apparemment de toute lucidité.

ACTE V

Les centrafricains n’ont pas de raisons de se réjouir si tôt : Le retrait du Tchad fait partie du plan de partition de la RCA.

Et même si tel n’est pas le cas, ce ne sont pas les regrets maintes fois exprimés de Mme Samba–Panza et de son gouvernement, qui dissuaderait Idriss Deby de se s’affranchir de l’humiliation à l’échelle internationale, et de l’opprobre qu’il porte désormais au front. En tout cas le président tchadien n’a pas encore dit son dernier mot.

ACTE VI

Humanitaires ou Partenaires de la partition ? En tout cas de dangereux exploitants miniers habillés en bienfaiteurs.

"Dans cette affaire, les agences (humanitaires) ont soigné leur bonne conscience, sans voir que l’enjeu central de ce pays est de ne pas céder aux forces qui veulent tout détruire", observe un diplomate à Bangui.

La solution aujourd’hui ne consiste pas à relocaliser : Comment peut-on favoriser la réconciliation si l’on devrait favoriser et accentuer les facteurs de division, dont la distance physique, entre les protagonistes de la crise centrafricaine ? A vrai dire, la communauté internationale et les humanitaires ne semblent pas du tout être de bonne foi. D’abord, sur les sites où se trouvent, les musulmans, qu’est ce qui empêchent les humanitaires, de leur apporter toute l’aide voulue  en nourriture, médicaments, vêtements et matériel de couchage? Et aux  soldats de la force internationale d’assurer leur sécurité ? Pendant ce temps, toutes les voies de dialogue devraient s’ouvrir pour que le calme revienne. Les centrafricains, Séléka et Anti-Balles-à-ka, ne sont tout de même pas pire que ceux qu’on a réussi à réconcilier à travers le monde. Au lieu de cela, c’est l’odeur du pétrole et les intérêts, qui guident les comportements des puissances étrangères.

Mme Antoinette Montaigne, a bien compris, quand elle déclare : "Je me suis invitée dans le débat car on ne s’était pas soucié des enjeux vitaux de réconciliation,  ces déplacements pouvant créer des déséquilibres culturels et sociologiques…Tous les centrafricains ont le droit de demander que les pays amis n’aillent pas dans le sens d’une séparation de fait de ce pays", proteste la ministre. (d’après Jeune Afrique)

Pour une fois que la Centrafrique peut s’enorgueillir d’avoir une autorité de ce rang, qui ose dire ouvertement la vérité et faire entendre sa voix, que tous les Centrafricains épris d’unité, dignes et fiers de leur pays, veuillent lui apporter leur soutien car : "Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage" (Ahmed Sékou Touré).

Nous n’ignorons pas également que Samba-Panza et son Premier ministre, sous la pression internationale, n’auront d’autre choix que de se séparer de la Ministre courageuse et nationaliste Antoinette Montaigne. Ce faisant, le peuple doit exiger et obtenir le départ de tous ces exploitants miniers et hommes d’affaires en tenue d’humanitaire : "…qu’ils partent et que nos femmes et nos enfants jettent derrière leur avion le tison ardent, symbole du départ définitif et d’un souvenir couvert de honte et de malédiction populaire."(B. Boganda)

ACTE VII

"Pour la représentante du HCR à Bangui, le gouvernement avait été informé en haut lieu".

Sous-entendu, Antoinette Montaigne peut toujours gesticuler et les centrafricains "crevés". Mais de grâce, que le « Haut lieu » nous le dise clairement : A combien avez-vous bradé le pays ? Pauvre Boganda ! "…fixez vos yeux immuables sur vos enfants que l’on commande. Qui donnent leur vie comme le pauvre son dernier vêtement". ( L.S.Senghor)

 ACTE VIII

L’argument qui aurait convaincu Mme Samba-Panza et ses conseillers ?

Nuit et jour, je cherche à comprendre ce qui arrive à mon pays. De toutes les hypothèses probablement émises pour convaincre nos autorités, à jouer le jeu de la partition, une seule me revient inlassablement, et me semble en tout cas  plausible : La Centrafrique actuelle, une fois amputée de sa partie nord,  ne serait-elle pas plus gouvernable après tout ? Et alors, l’offre a pu paraître très intéressante. Puis-je un jour me réveiller de ce mauvais cauchemar ?

ACTE IX

L’arrivée prochaine des soldats de l’ONU : Casques bleus ou casques rouges ?

Ce qui est sûr, j’imagine très mal Ban Ki Moon, fervent défenseur international de la partition de la RCA, envoyer ses hommes venir travailler à la réconciliation et à la consolidation de l’unité centrafricaine. Et que pensez-vous qu’il soit venu faire à Bangui lors de sa dernière mission ?

Nos politiques peuvent toujours multiplier le nombre des candidatures à la présidentielle d’une République qu’ils ne font rien pour défendre, et qui se rétrécit comme peau de chagrin.

ACTE X

 La prochaine déclaration de la République du Nord Centrafrique

Le Kosovo ? Le Soudan du sud ? La Crimée ? L’histoire nous le dira. Mais pour tous ces cas cités, la fameuse Communauté Internationale, toujours la même qui œuvre aujourd’hui à la partition de la RCA, a été présente. On connaît la suite :

"Fait accompli, nous condamnons, nous prenons acte.." et tout le reste de blablabla diplomatique habituel, sans autre suite que celle d’ouvrir la porte de l’ONU plus tard au nouvel Etat membre.

Pour la Centrafrique, non seulement nos hommes politiques auront trahi leur peuple (musulmans et chrétiens), mais le pire reste à venir : les conquérants qui sont en train de s’installer au nord, feront appel sans tarder à leurs frères du golfe et des émirats. Ils amasseront tout l’argent nécessaire; achèteront des armes et des millions de combattants dont ils auront besoin; ils lanceront alors une OPA hostile sur la partie sud de la RCA, et la boucle sera bouclée. Alors, Adieu, veau, vache, cochon, couvée, bière, vin, belle vie... CHARIA où es-tu ?

Fermeture des rideaux

La voie du salut : L’institution des selebalaka

Aujourd’hui en Centrafrique l’on note que :

-  Les institutions de transition ont failli à leur mission première : défendre le territoire centrafricain et son peuple qu’elles ont privé d’armée.

-  Les politiques ont tous démissionnés et s’occupent plutôt des problèmes qui se situent à la périphérie des préoccupations nationales.

-  La société civile, à vouloir prendre part coûte que coûte à la transition s’est discréditée.

-  Les intellectuels dont quelques-uns semblent s’organiser timidement ont encore du chemin à faire.

D’un côté la Séléka et de l’autre les Antibalaka sont les seuls vrais maîtres du terrain, les véritables forces qui imposent leurs lois à la République. Entre ces deux forces, n’y aurait-il pas moyen de constituer une force nationaliste intermédiaire susceptible de travailler à la réconciliation ?

Tous les Seléka ne sont pas des extrémistes. Tous les Antibalaka non plus ne sont pas des extrémistes. Que les modérés des deux camps, puissent initier un dialogue à l’extérieur du pays. Nous arriverons certainement à nous sortir de l’impasse. Bienvenue  aux : Sélé-Balaka

Quant à moi, je n’ai plus que mes yeux pour pleurer. Ah ! Regardez, y a même plus de vin dans mon verre, donc je m’arrête.

Guy José Kossa  -GJK – L’élève certifié de l’école primaire tropicale et indigène du village Guitilitimô - Penseur Social –

28 avril 2014