Tout concourt au bien de ceux qui en Centrafrique gouvernent mal...ou qui face au mal se taisent !

Par Guy José Kossa

Il est des voix – d’ailleurs très distinguées et souvent médiatisées -, que les populations centrafricaines j’imagine, auraient aimé tant entendre, plus particulièrement depuis la fin chaotique du forum de Bangui, et à propos des derniers événements qui ont marqué l’actualité politique nationale, à savoir : la confiscation par la police de l’aéroport, des passeports de plusieurs personnalités politiques ; les déplacements en cours de la Présidente de la transition à Ndjamena, Bruxelles et Paris ; la mise en place du mécanisme de suivi des résolutions de la Farce Organisée pour Rassembler Uniquement des M… ou F.O.R.U.M ( dixit Christ Can) etc.

Ceci dit, sauf pardonnable méprise et inattention plaidable de ma part, aucun observateur attentif à mon avis, ne peut pas ne pas avouer sa surprise et peut être même son désarroi, de constater que l’intrépide Joseph Bendounga le coordonnateur des partis politiques au forum, Anicet Dologuélé, Martin Ziguélé et Nicolas Tiangaye -pour ne citer que trois anciens premiers ministres et leaders de partis politiques –, personnalités d’ordinaire peu enclin au silence, et dont le verbe haut et les répliques cinglantes auraient pu, sinon galvaniser le peuple, du moins rassurer les centrafricains, semblent avoir choisi de s’inscrire aux abonnés absents sur tous les sujets politiques post-forum. Tôt ou tard, que trouveraient-ils à reprocher au peuple, si jamais celui-ci devait à sa manière rappeler à chacun, toutes ces occasions manquées "d’animation politique" et d’exercices utiles de rhétorique?

De manière générale, il convient de souligner ici – pour s’en inquiéter, s’interroger et chercher à trouver rapidement des solutions -, ce qui de la part des organisations politiques et civiles, apparaît finalement comme une forme de désertion volontaire des rues, des espaces médiatiques et des terrains publics, désertion dont le premier, seul et unique bénéficiaire, reste le pouvoir de transition et ses affidés. Et si Martin Luther King vivait en Centrafrique aujourd’hui, il dirait exactement ce qu’il a dit, il y’a déjà plusieurs décennies : "Les barricades sont les voix de ceux qu’on n’entend pas".

Alors, face au mal et à la souffrance du peuple, tant que se tairont nos hommes politiques pour leur propre bien et leur sécurité personnelle, point besoin de s’étonner que ce silence complice, concourt au bien de ceux qui gouvernent mal, ruinent le Centrafrique et maltraitent les centrafricains !

Personnellement, j’incline à croire, que même la communauté internationale, se fait actuellement prendre à son propre jeu en Centrafrique, et devient de ce fait, le principal complice de la mauvaise gouvernance qu’on ne cesse de reprocher à l’actuel régime de transition.

Tenez ! Voici très succinctement, une démonstration des « bienfaits » de la mauvaise gouvernance en RCA, impliquant insidieusement la communauté internationale :

Pour aller aux élections, la RCA on le sait, a de gros besoins et soucis d’argent. Cet argent, il est certain, ne peut que provenir de la communauté internationale. Cette communauté internationale naturellement pour donner son argent, on le sait aussi, impose toujours des conditionnalités, et en ce qui concerne le pouvoir de transition en place, elle exige surtout des gages de bonne gouvernance. Or, le pouvoir de transition actuelle, est bien conscient que plus vite il organisera les élections, plus vite arrivera la fin de son mandat, ce qui signifie pour la plupart de ses dirigeants et autres « fidèles serviteurs », des lendemains incertains. Autrement dit, et ce n’est un secret pour personne, l’on a pu comprendre aujourd’hui, que le seul objectif de Samba-Panza et compagnie, est de rester le plus longtemps possible au pouvoir, afin de permettre aux autres dirigeants, à son entourage, à sa famille ainsi qu’à la grande foule des margoulins agglutinés à la mangeoire publique, de s’enrichir au maximum et durablement. Ceci étant, pour le pouvoir de transition, la seule solution et la meilleure formule à appliquer pour réussir son plan et atteindre son but, se résume en deux mots : mauvaise gouvernance. Ainsi donc, la communauté internationale, continuera d’exiger toujours et aussi longtemps qu’elle voudra la bonne gouvernance. Mais en retour, on lui « servira » surtout de « la mauvaise gouvernance » et ce, aussi longtemps qu’elle restera exigeante et ne changera pas de politique. Au final, la communauté internationale refusera de donner son argent pour que les élections soient organisées. Et ces élections malheureusement, d’une date à une autre, d’un délai à un autre, verront les limites de leur tenue poussées et repoussées plus loin, encore plus loin et toujours plus loin. Finalement, nul doute que la transition a encore de beaux jours devant-elle. En RCA, ainsi peut-on dire, la mauvaise gouvernance paie, et elle paie plutôt bien. C’est ce que j’ai voulu traduire autrement à travers cette petite phrase : EN RCA, TOUT CONCOURT AU BIEN DE CEUX QUI GOUVERNENT MAL !

D’ailleurs, j’avais cru entendre qu’une enveloppe de 36 milliards de FCFA était nécessaire pour l’organisation des élections à venir, et que l’Agence Nationale des Elections, aurait en son temps, réussi à collecter près d’un tiers dudit montant. Mais à y réfléchir, on arrive à se demander si le budget que nécessite le fonctionnement même de l’ANE qui souffre des problèmes d’argent d’une part, d’autre part, si avec toutes les commissions qui ont été mises en place avant pendant et après le forum, une « inspiration lumineuse » n’aurait poussé certains, à ponctionner des fonds sur le compte disponible. Ceci n’est qu’une supposition, mais suivez mon regard…

Pour finir, j’estime que si l’on continue d’envoyer en RCA, des centaines de fonctionnaires internationaux ainsi que des milliers de militaires et de policiers, ce n’est pas certainement pour que ceux-ci soient obligés de refaire leur valise, à peine arrivés !

Et pendant que j’y pense, je dois malheureusement reconnaître que cette mauvaise gouvernance généralisée, n’est pas le seul fait du régime de transition. Depuis des décennies, c’est ainsi que tous les régimes qui se sont succédé, ont ainsi dirigé et façonné ce pays !

Décidément la RCA rend fou ! Plus est, en RCA, tout concourt au bien de ceux qui en RCA gouvernent mal…ou qui face au mal, se taisent !

Guy José Kossa, GJK - l'élève certifié de l'école primaire tropicale et indigène du village Guitilimo. Penseur social - 27 mai 2015