Ainsi s'achève le conseil des ministres élargi de Samba-Panza

Par Rodrigue Joseph Prudence Mayte

Comme le prévoyaient les fins stratèges du palais de la renaissance, le conseil des ministres élargi de Samba Panza qui s’est tenu à Bangui du 4 au 11 mai 2015 a atteint, sans grande difficulté, son objectif. N’en déplaise aux contestataires du système en place, l’objectif primordial des autorités de Bangui était d’arracher à tout prix, le prolongement de leur mandat. Dès lors que le principe du prolongement de la transition est acté, il est clair que Dame Cathy aura obtenu ce qu’elle voulait. Si certains centrafricains pensent que cette plate-forme de paix devait permettre aux fils et aux filles du pays d’enterrer définitivement la hache de guerre, d’autres estiment qu’elle a servi plutôt de tremplin aux autorités de Bangui pour confisquer "stratégiquement" le pouvoir. Sinon comment admettre que le forum de paix puisse se transformer en une caution morale de la transition? N’avions-nous pas évoqué récemment l’échec programmé de cette fortuite table ronde ? N’avions-nous pas parlé de l’agenda caché des autorités de Bangui ? Le verrouillage du forum et le noyautage de toutes les commissions et comités techniques, ne donnent-ils pas un aperçu des méthodes de Dame Cathy pour s’éterniser au pouvoir ? Par ailleurs, que pouvons-nous retenir de cette concertation de paix? Les centrafricains étaient-ils suffisamment édifiés sur le motif des multiples troubles qui ont mis le pays en lambeaux ? Quel est réellement le but de ce pourparler de paix ? Était-ce une concertation de paix ou une plate-forme de délivrance d’un contrat à durée indéterminé -CDI- aux autorités de Bangui? Les participants du forum de la transition sauront-ils calmer les différentes tensions qui montent un peu partout ces derniers jours ? En plus des tergiversations, des atermoiements, des procrastinations, des moments d’inactions, d’amateurismes et de reculades, Samba-Panza voudrait-elle encore bénéficier d’une période spéciale pour l’organisation des prochaines échéances électorales ?

Désolation de la grande majorité des participants du forum

Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour voir a quel point, la déconvenue des participants au forum est totale. Quasiment tous les invités de la table ronde se sont indignés du temps de parole très limité. Même les représentants des principaux groupes rebelles déplorent la manière par laquelle les paroles ont été verrouillées et les causes de la crise actuelle n’ont fait aucunement l’objet de débat, encore moins du déballage public tant attendu. A entendre certains participants du conseil des ministres élargi de Dame Cathy, tout a été fait pour que le pouvoir de Bangui obtienne sans difficulté la prolongation de son mandat. Il semblerait que les autorités de Bangui ont même arrosé bon nombre de participants par des billets de banque. D’après une source proche des arcanes du pouvoir, dès l’entame de la concertation, les autorités auraient proposé des postes "juteux" à certains participants contre la prolongation de leur mandat. Ceci explique donc cela ? Que se passera t-il si jamais les aspirations de la Centrafrique profonde n’étaient pas prises en compte ? Qu’on le veuille ou pas, Dame Cathy et ses sbires ont réussi à inscrire tous les participants du forum à l’école de la pensée unique des artificiers du système actuel. Sans en donné l’impression, l’équipe dirigeante en Centrafrique jubile en ce moment car son objectif primordial est atteint. A partir du moment où la table ronde de paix a été transformée en un conseil des ministres élargi, il est d’une évidence absolue que ses conclusions ne pouvaient qu’être orientées. Toutefois, pourquoi les participants au forum approuvent-elles le prolongement de la transition sans pour autant évoquer une date, même approximative, de la tenue des élections? Devrions-nous penser que les autorités de Bangui viennent d’obtenir, de la part de toute la classe politique et la société civile, un chèque en blanc pour la confiscation du pouvoir?

Risque d’embrasement…

Sitôt le forum terminé, l’on dénote déjà une vague de mécontentement généralisé de la grande majorité des invités. De nombreux participants demeurent très dubitatifs sur l’issue de la concertation. Joseph Zoundeko le chef d’état major de la coalition seleka n’y est même pas allé par le dos de la cuillère pour montrer son pessimisme. En outre, plusieurs personnalités politiques et associatives ont claqué la porte du forum ces temps-ci, et pour certains, plusieurs jours avant la clôture des travaux. Visiblement, la tension monte d’un cran presque dans tous les états-majors des forces vives de la nation. De l’autre côté, la grogne populaire s’empare progressivement de la rue. On parle même d’un regain des tensions en gestation. Pourtant, le forum n’était-il pas censé ramener définitivement la paix ? Samba Panza et ses sbires sont ils toujours déterminés à privilégier leurs agendas cachés au détriment des attentes du peuple centrafricain? En tout état de cause, même si les autorités de Bangui sont parvenues à faire l’unanimité d’une partie des invités du forum autour d’elles sur le rallongement de leur mandat, il n’en demeure pas moins qu’elles soient fortement contestées par la grande majorité des belligérants de la crise et certains acteurs politiques nationaux. Au delà de l’accouchement par césarienne de la minuscule souris qu’a donné le forum, le Centrafrique ressemble à un volcan qui pourrait rentrer en irruption à tout moment. A l’allure où seleka et antibalaka se mobilisent contre le pouvoir de Bangui, les mots risqueront bien fort de ne pas suffire contre les maux de notre société actuelle.

Rodrigue Joseph Prudence Mayte -  Chroniqueur, polémiste

Le 11 mai 2015