Message et propositions d'Elie Doté aux centrafricains

Il y a quelques semaines l'ancien premier ministre Elie Doté déclarait au sortir de plusieurs rendez-vous à Paris " Au secours, le Centrafrique est à bout de souffle "

Le même Elie Doté au moment du forum de Bangui déclare : "Je sais ce qui s’est passé ici et c’est pourquoi me voilà."

Quelles que soient les communautés, communions dans la même ardeur  tenons-nous par la main. Il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des centrafricains.

Je prends acte au nom de la Centrafrique et je déclare, qu’à partir d’aujourd’hui qu’il faut ouvrir une voie qui, jusqu’ à présent, était fermée.

Cela signifie qu’il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les ont pas il faut reconnaître la dignité de ceux qui ne l’ont plus.

Cela veut dire qu’il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d’en avoir une.

Que tous ceux qui croient en la Centrafrique, puissent participer en masse à cet immense élan de reconstruction.

Puissent ils même y participer ceux qui, par désespoir, ont cru devoir mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu’il est courageux…car le courage ne manque pas sur la terre centrafricaine, qu’il est courageux mais qu’il n’en est pas moins cruel et fratricide !

Jamais plus qu’ici et jamais plus que ce jour, je n’ai compris combien c’est beau, combien c’est grand, combien c’est généreux, la Centrafrique !

Car l’immense effort de redressement de refaire l’état, de maintenir l’unité nationale, de reconstituer notre puissance, de rétablir notre rang.

Par l’aventure odieuse et stupide d’insurgés en Centrafrique, voici l’état bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Par qui ?  Hélas ! Par des hommes dont c’était la raison d’être, et d’obéir.

Au nom de la Centrafrique, je demande que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là.

J’interdis à tous les centrafricains et, d’abord, à tout militaire de n’exécuter aucun de leurs ordres. L’avenir des usurpateurs ne doit être que celui que leur destine la rigueur des lois devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse sur la république.

Devant une telle situation, dont tout donne, hélas ! à penser qu’elle va aller en s’aggravant.A moins que l’univers ne roule vers la catastrophe, seul un accord politique peut rétablir la paix ; il est encore temps d’espérer.

J’ai donc pris la décision de mettre nos affaires en ordre réellement et profondément.

Demain, nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établiront la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité.

Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l’épreuve.

Au point de vue des charges publiques, rien ne saurait être accepté qui aboutisse à l’inflation. Mais, en même temps, tout doit être fait pour poursuivre, et même pour accroître, les investissements qui commandent notre avenir, soit dans le domaine social : logements, écoles, hôpitaux, soit dans le domaine économique : énergie, équipement, communications.

En outre, nous allons entreprendre de transformer le Centrafrique tandis qu’avancera  la pacification.

Enfin, nous ne pouvons pas, dans l’état où est le Centrafrique, nous dispenser d’une force militaire importante. Toutes ces obligations, jointes aux dépenses normales de l’état, comporteraient, si nous laissions aller les choses, à un déficit trop important. Il n’y a rien d’autre à faire que de développer le secteur minier. C’est ce qui est décidé.

Dans le monde d’aujourd’hui, rien ne vaut que par comparaison. Or, nous sommes actuellement, vis-à-vis de l’extérieur, dans une situation économique diminuée. Empêchés d’importer et d’exporter suffisamment, endettés, privés de crédit, alors que nos produits, sont à hauteur de toutes les concurrences, nous sommes loin d’atteindre au large niveau d’échanges qui développerait notre activité.

Nous réussirons ensemble la grande entreprise nationale de redressement financier et économique. C’est l’étape sur la route qui nous mène vers les sommets C’est le vœu que j’adresse à toutes les centrafricaines et à tous les centrafricains.

Elie Doté, ancien premier ministre du Centrafrique

Mais ce dernier est pragmatique et livre quelques propositions :

La république centrafricaine a été détruite. Il n’y a plus de frontières elles ont été gommées par la guerre menée par les conquérants.

Plus d’armée, plus de justice, plus de police, Il n’y a plus d’administration, plus d’économie réelle. La contrebande, les groupes armés, les prédateurs se sont emparés d’un territoire qui était un pays au moment de son indépendance. Aujourd’hui sa population vit dans la peur, la misère et la menace des bandes armées.

Toute élection organisée en Centrafrique, serait un déni de démocratie et ceux qui accepteraient cette pantalonnade démontreraient qu’ils n’entendent pas servir l’intérêt général.

Compte tenu de cette situation reconnue par tous, la seule voie possible pour sortir de ce chaos est de mettre en place, de façon urgente, une nouvelle forme de gouvernance sous la conduite et le contrôle international, une véritable transition, avec et sous le contrôle d’une haute autorité de transition.

"Il n'y a jamais eu de transition réelle à ce jour ! Les deux tentatives sont de vrais échecs et sans avenir"

Il n’y a jamais eu de transition réelle jusqu’à ce jour.

Les deux tentatives sont de vrais échecs, sans objectifs réels, sans contrôle, sans moyens et surtout sans avenir.

Le Centrafrique a besoin de 4 années pour la reconstruction de ses bases dont plus aucune n’existe, afin de rétablir la sécurité, la paix, la justice, la confiance et remettre debout les institutions de la république.

Une  haute autorité de la transition conduira et contrôlera ce processus en toute indépendance et déterminera le moment ou des élections municipales et législatives pourront être organisées  dans la période au fur et à mesure que le pays se structure.

Il est nécessaire et primordial d’assurer la stabilisation économique, politique et sociale en Centrafrique.

Pour ce faire cette véritable transition sera le cadre d’un nouveau modèle africain de reconstruction. Par une méthode novatrice, moderne, transparente celle d’une co-construction entre ce pays et la communauté internationale, les partenaires, les autorités morales, les ONG et les bailleurs de fonds. Il existe en effet une vraie possible voie entre la totale dépossession d’un pays par des forces étrangères et la comédie ainsi que la course à l’élection d’un président sans pouvoir ni moyens.

La  haute autorité internationale de transition aura pouvoir de contrôle sur toute la gouvernance et le processus. Elle pourra lancer des alertes, intervenir publiquement et user de tous les moyens pour que rien, ni personne, ne détourne l’action du but recherché. Composée de personnalités internationales, d’intellectuels, de représentants qualifiés, d’ONG, son autorité morale et son indépendance doivent permettre de crédibiliser tout le processus.

Le rôle du président de la haute autorité est très important. Il tient compte de son complet désintéressement, de sa capacité d’intervention, de son indépendance à l’égard de tous les pouvoirs, de son audience internationale et de son attachement à l’Afrique.

Le haut-commissaire de la république -HC-

La mise en œuvre opérationnelle de la reconstruction sera effectuée par un haut commissaire de la république qui assurera la gouvernance du Centrafrique pendant la transition.

Il aura pour mission de mettre en place le redressement des finances du pays, une politique sécuritaire  et tous les organes d’un état : justice, police, armée, structures décentralisées. Il devra mettre en place les moyens de contrôle internationaux des ressources du pays afin d’assurer des revenus au nouvel état et les bases des politiques de formation afin d’associer au plus vite la population au renouveau du pays.

Le haut-commissaire organisera :

Première année :  Elections des chefs de village et les élections des chefs des cantons.

Deuxième année : Elections municipales.

Troisième année :  Elections législatives.

Quatrième année :  Elections présidentielles.

Durant cette transition, l’aide internationale contrôlée par la haute autorité sera affectée prioritairement à la défense, la sécurité, la justice, la reconstitution d’un état de droit. Chaque intervention extérieure fera l’objet d’un contrat qui portera sur les moyens autant que sur les objectifs et le contrôle de l’exécution.

Une administration de mission sera constituée pour la transition et placée sous l’autorité du haut-commissaire. Composée à parité de fonctionnaires centrafricains et internationaux volontaires ou désignés chacune des fonctions administratives d’encadrement sera partagée entre un fonctionnaire national et international et chaque décision nécessitera la double signature, notamment en matière de finances.

Cette co-construction permettra la formation des fonctionnaires centrafricains aux standards internationaux, accélèrera et sécurisera le processus de décisions et d’actions.

Conseil des sages -CS-

Composé des anciens présidents et des anciens premiers ministres du Centrafrique, d’anciens chefs d’états africains et de ceux qui voudraient s’y associer,  l’instance aura pour mission de conseiller ou de faire des propositions au haut-commissaire de la république sur les plans administratif, politique et social.  Il aura également pour mission de proposer au haut-commissaire un projet de nouvelle constitution pour la république du Centrafrique.

Conseil du gouvernement -CG-

Le conseil du gouvernement -CG- est composé des membres du conseil national de transition -CNT- et des députés de la 5e république. Le conseil du gouvernement peut élaborer et proposer des recommandations ainsi que des projets de loi. Il pourra conseiller le haut-commissaire pendant cette période.

Conseil stratégique -CS-

Composé d’experts nationaux et internationaux de haut niveau il a pour objet de réunir un maximum de compétences auprès du haut-commissaire. Il peut bénéficier du concours d’experts d’organisations internationales, comme de grands cabinets privés d’analyse. Le conseil stratégique élabore les plans sectoriels de développement du pays permettant au haut-commissaire de conduire des politiques cohérentes par secteur et coordonnées entre elles. Il est présidé par une personnalité internationale qui l’anime en lien direct avec la mise en œuvre opérationnelle.

Programme d'urgence

Le Centrafrique dispose depuis 2007 d’un cadre approprie de dialogue avec les partenaires au développement : le document de stratégie de réduction de la pauvreté -DSRP-. Ce cadre  de dialogue approuvé par tous les partenaires au développement a servi pour la mobilisation des ressources financières, matérielles et humaines autour des actions urgentes et prioritaires du Centrafrique.

L’approche de la haute autorité de transition consiste à considérer les principaux défis à relever, déjà identifiés dans le cadre du DSRP. L’actualisation de ces défis permet de mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’une stratégie de reconstruction et de lutte contre la pauvreté, susceptible de promouvoir un développement rapide, équitable, juste et durable du Centrafrique.

La haute autorité de transition construit une matrice opérationnelle multisectorielle d’actions en comparaison avec celle qui existait, en vue d’encadrer les actions déjà admises et confirmer avec les partenaires présents a la table ronde des bailleurs de fonds d’octobre 2007, si leurs objets n’ont pas varié, l’objectif étant d’orienter le réengagement de la Communauté financière internationale en Centrafrique. Les grandes préoccupations de l’heure sont en particulier l’apurement des arriérés extérieurs et le rétablissement des relations avec les bailleurs de fonds, en vue d’un appui soutenu aux programmes de redressement, de reconstruction et du développement durable du Centrafrique.

Les principales urgences visent :

La restauration et le renforcement de la sécurité, réorganisation totale avec création de postes dans l’armée, la police, la gendarmerie et la douane.

L'instauration et la promotion d’un état de droit en  reformant les systèmes juridiques et judiciaires, et consolider l’état de droit, en installant  toutes les institutions de la République.

La restauration de l’autorité de l’état et la reconstruction des capacités de son administration publique, des collectivités rurales a travers la décentralisation et la participation.

L’Instauration de la bonne  gouvernance et son renforcement dans la gestion des finances publiques et des ressources naturelles, l’apurement des arriérés extérieurs et le rétablissement du réengagement durable des partenaires au développement.

La promotion et le développement du secteur prive, la promotion du secteur public, prive pour le développement des PPP, moteur de la croissance pour les infrastructures de base.

Améliorer l’accessibilité et la qualité des services sociaux.

Les actions de redressement et de reconstruction qui visent les domaines à une intervention urgente : relancer l’économie et la croissance et porteront pour l’essentiel, dans un ordre de priorité qu’il conviendra de déterminer, le seul but étant la création d’emplois.

La mise en œuvre des politiques de création d’emplois tous azimuts. En effet, le divin créateur a doté notre sol et sous-sol des précieuses ressources naturelles, que nous avons la responsabilité de valoriser pour améliorer le bien-être de notre peuple. Dans un monde qui s’organise et se globalise, notre survie passe par la modernisation de nos infrastructures et de nos moyens de production afin de devenir compétitifs. L’objectif dans ce domaine doit être très ambitieux et passe par la création d’un climat favorable aux investissements.

La mise en œuvre des politiques de production, notamment dans l’agriculture : création d’une ferme pilote  agricole dans chaque préfecture reprenant la Jeunesse pionnière d’antan. Encadrement et encouragement des entrepreneurs locaux par l’allègement des taxes et procédures de créations des entreprises et coopératives dans le secteur rural et la transformation.

Dans le secteur des industries extractives, il faut disposer d’une meilleure connaissance des ressources minières et promouvoir les efforts de recherches géologiques, assurer la sécurité et lutter contre la contrebande, organiser les communautés locales pour accroître leur participation à la gestion des ressources et au développement durable, renforcer les capacités des artisans et promouvoir le développement des entreprises et PMI/PME minières.

La mise en œuvre d’un programme d’urgence d’habitat social, de moyen et haut standing y compris les infrastructures administratives : bureaux et logements des sous-préfets et des préfets. Ce programme de logement doit s’accompagner du programme d’approvisionnement en eau potable des populations des 16 chefs lieux de préfectures du Centrafrique à l’horizon 2025.

La mise en œuvre des politiques des infrastructures économiques et des grands travaux : Lancement des grands chantiers de constructions des infrastructures des bases : routes bitumées notamment sur les  300 kms de route de Bangui, réhabilitation et constructions de nouveaux ports, réhabilitation de l’aéroport de Bangui M’poko et de plus de 30 sur l'ensemble du territoire du Centrafrique.

L’électrification des villes et des zones rurales doit être une priorité.

L’objectif  est que les populations des zones urbaines et rurales puissent accéder aux services énergétiques de qualité et à moindre coût. Les initiatives des partenariats publics/privés doivent aider a une gestion des ressources de façon durable sans pénaliser l’environnement ou les consommateurs.

La lutte contre la corruption visera les réseaux de prédation, les trafics en général et surtout les trafics d’or et de diamants. La lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent : parallèlement à ces appuis, il convient de préciser que dans le domaine de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent, un accent sera mis sur la coopération avec les autres états et en liaison avec le PNUD.

La mise en œuvre des programmes de formation emplois principalement pour les cadres de la fonction publique notamment les cadres des finances et de la sécurité sera prioritaire.

Développer l’éducation, la formation, identifier et valoriser les jeunes talents centrafricains.

Développer des partenariats industriels dans les secteurs clés tout en contribuant au développement durable.

Développer un plan de valorisation et de transformation des ressources naturelles.

Créer des partenariats dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, du transport et de la communication. Le transport fluvial doit être aménagé le long de nos cours d’eaux navigables.

Quatre cours d’eaux seront aménagés pour servir de projets pilotes.

En ce qui concerne la restauration de la sécurité, les actions concrètes visent le renforcement des capacités humaines et matérielles des forces de défense et de sécurité. Cette nouvelle stratégie doit mener la reforme, la restructuration, la réorganisation territoriale et la transformation du secteur de la défense.

Le renforcement des capacités vise les infrastructures : construction des casernes militaires, constructions de brigades de gendarmerie. Nouveaux équipements divers : recrutement et formation des militaires, gendarmes, policiers et douaniers.

Pour un meilleur fonctionnement de la justice, il faut construire et réhabiliter les infrastructures, assurer le renforcement des capacités du personnel en formant  les cadres de son administration et mettre rapidement en place, un réseau informatique qui permettra de connecter l’ensemble des systèmes informatique de l’administration centrafricaine.

Le chemin à parcourir pour y arriver est long.

Nous devons pour cela travailler encore plus dure pour partager notre vision avec le peuple qui est resté le seul souverain. Il faut répondre à ses ambitions et ses attentes. Je sais que je peux compter sur vous, sur votre engagement, vos compétences et votre volonté ferme à œuvrer pour le bien être de notre patrie.

Que Dieu bénisse la république centrafricaine.

Elie Doté, ancien premier ministre du Centrafrique

9 mai 2015