Le despotisme éclairé en marche à Bangui

Par Rodrigue Joseph Prudence Mayte

S’il est devenu bien triste commodité d’accuser à tout bout de champ la brutalité idéologique de Dame Cathy derrière laquelle se cachent de nombreux tacticiens redoutables et très habiles, c’est pour la simple raison que le mal a pris plusieurs visages en Centrafrique. Et c’est souvent sous le masque institutionnel qu’il dissimule ses traits comme un zombie en pleine errance. Quoique les défenseurs du système en place disent, on ne compte plus les pièges et les embûches en Centrafrique. On sait que les agendas cachés des autorités de Bangui s’entrechoquent avec les volontés de certains prétendants à la magistrature suprême. C’est d’ailleurs à ce titre que le pays se retrouve dominé à l’heure actuelle par les rapports de force, la violence des mots, les arrestations arbitraires, les méthodes musclées de confiscation des titres de transport d’autrui, les verrouillages de la presse et de la parole politique. Inéluctablement, le pays glisse peu à peu vers un despotisme éclairé qui risque de susciter à la longue un tohu-bohu sociopolitique disproportionné. Que se trame-t-il dans le royaume de Samba-Panza?

Agendas cachés du pouvoir en place

Élue en janvier 2014 dans des circonstances particulières, la présidente Catherine Samba-Panza s’était pourtant donnée pour mission de réconcilier les centrafricains entre eux et conduire le pays vers les élections dans un bref délai. Avec son discours survolté de l’investiture, Catherine Samba-Panza croyait dur comme fer qu’elle pouvait très rapidement s’arroger tous les pouvoirs et diriger le pays comme cela se passe dans les régimes totalitaires. D’emblée, elle décidait, le premier ministre exécutait et les ministres appliquaient. Et très tôt, le pays retomba dans la spirale de la violence car le peuple était de plus en plus ulcéré par la léthargie gouvernementale et excédé par l’amateurisme des autorités de Bangui. Ainsi, le système totalitaire de Dame Cathy rencontra une résistance farouche des belligérants de la crise. Comme le cœur et la raison ne peuvent cohabiter en politique, Dame Cathy décida alors de revoir ses cahiers de stratégie. C’est ainsi que ses stratèges lui conseillent de confisquer autant que faire se peut le pouvoir. Des événements factuels permettent à ce jour de confirmer cette thèse. En outre, la présidente sait manipuler la rue avec dextérité. Elle n’hésite pas à recourir à ce moyen de pression pour ratiboiser ses différents contestataires. Souvent, elle utilise le nerf de la guerre pour atteindre ses objectifs. Elle encense, par des billets de banque, bon nombre de leaders politiques réfractaires et leur propose aussi des postes de responsabilité en contrepartie de leur soutien. En revanche, les brebis galeuses sont systématiquement traquées. Il s’avère que les tacticiens de la présidence ont développé des stratégies de débauchage et de persuasion de certains leaders des groupes rebelles. Même si cette technique de débauchage peut fonctionner durant un laps de temps et fragiliser l’entité visée, il est clair qu’elle ne réglera jamais en profondeur le problème. A titre d’exemple, la rébellion que dirige Nourredine Adam a révoqué Abdel Banenguelé pour avoir signé l’accord du DDR lors du forum de la transition. L’on raconte que ce dernier aurait perçu 30 millions de Fcfa contre sa signature. Ce faisant, que pourra t-il apporter à ce processus de DDR après sa radiation sachant que Nourredine est la personnalité la plus influente de la seleka? Cet accord ne serait t-il pas une simple lettre morte ? Qu’en est'il des tacticiens de la présidence par rapport au forum ?

Stratégie d’approche du forum

Afin d’éviter que le forum de la transition ne constitue un caillou dans la chaussure de la présidente, les stratèges du palais ont entrepris de verrouiller totalement les travaux de la table ronde. Les participants étaient bien ciblés, les thématiques bien orientées, les commissions et les comités étaient truffés des personnalités proches du système. En plus du nombre des participants officiellement annoncés, l’on dénombre plus de 100 invités supplémentaires. Plus de 10 centrafricains issus de la diaspora française ont reçu des invitations sans que la grande masse ne soit au courant. La liste des noms de ces personnes est maintenant connue de tous. Semblerait-il que ces invités de la dernière minute avaient une feuille de route bien précise. Ils avaient pour mission principale de faire passer le projet de prolongement de la transition. Avouons, il ne pouvait en être autrement dès lors que les participants étaient bien choisis et acquis à plus de 80% à la cause de Dame Cathy.

Qu’on se le dise, l’histoire devrait être écrite à l’encre de la lucidité en vue de provoquer un sursaut national. Avec une institution malade de ses dirigeants, nous ne cesserions d’utiliser les mots contre des maux de notre société.

Rodrigue Joseph Prudence Mayte - Chroniqueur, polémiste

14 mai 2015