Prosper Ndouba : le salaire de la honte....

Propser  Ndouba : Le salaire de la honte …..

par Michel Soupou 

 

Il y a quelques semaines, j’ai publié une tribune intitulée : "Prosper Ndouba / José Binoua : divorce sanglant" 

Elle a provoqué des commentaires souvent passionnés, dans un sens comme dans l’autre. Il est vrai que le sujet méritait débat et s’inscrivait dans le contexte anxiogène de la fin de règne de François Bozizé et de l’avancée fantastique de Séléka.

Le fait est que cette tribune, que j’avais voulue volontairement caustique, mettait gravement en cause l’une des principales figures du net centrafricain, important leader d’opinion vivant sur un matelas d’internautes longtemps sevrés de nouvelles de leur pays.

Aujourd’hui, j’avoue  que ladite tribune bousculait un conformisme ambiant certain. Un lecteur m’a d’ailleurs écrit, faussement naïf :  "Comment osez-vous vous attaquer à Prosper Ndouba, dont la parole, en matière de vérité, vient juste après la Bible(…) ? ".

Il est vrai enfin que le directeur de publication de Centrafrique-Presse, toujours si prompt à pourfendre tout contradicteur, s’est bien gardé jusqu’à ce jour de contester le moindre de mes arguments et révélations. Et pour cause !

DES CARTOUCHES EN RESERVE…

Ndouba savait, Ndouba sait que tout y était vrai. Mieux, il savait et il sait que je détiens encore dans ma besace des informations encore plus compromettantes et plus explosives pour lui, informations que seule la décence et une certaine éthique m’ont toujours empêché de livrer au public.

Depuis lors, Prosper Ndouba rase les murs. Il se fait d’une discrétion de violette. La preuve, plus d’une semaine après sa nomination (que j’avais anticipée au demeurant) au poste de ministre conseiller en charge de la communication, porte-parole de la Présidence à Bangui, notre homme observe un silence assourdissant. Cela ne lui ressemble pas, lui qui n’aime rien tant que se mettre en avant, "ventre avantageux et regard de braise… ", comme me le rappelait avec malice un de mes lecteurs.

Oh ! Pas si silencieux que ça. De temps en temps, il continue sur son blog d’agoniser Bozizé, qu’il poursuit d’une haine recuite. Il le poursuivra sans doute jusque dans la tombe. Mais ça, c’est son problème avec Bozizé. Toutefois, ses ritournelles ne trompent plus grand monde. Il n’y a qu’à lire les commentaires au vitriol de ses lecteurs.

LA HONTE, ENCORE LA HONTE

Cela dit, ce type est incorrigible. C’est ainsi qu’il vient de pondre un article suintant une haine visqueuse à souhait, article écrit à quatre mains avec son collègue du parti MLPC, Emmanuel Sandy et intitulé sans rire : "Coup de gueule d’un indigné centrafricain des médias’’, avec comme sous-titre : ‘’Les honteuses et ridicules manœuvres de M.Maka Gbossokoto et des journalistes pro-Bozizé pour envahir le CNT’". C’est à vomir…

Evidemment, Prosper Ndouba comme Emmanuel Sandy ne porteront jamais dans leur cœur Maka Gbossokoto ou Julien Bella, des hommes courageux qui n’ont eu de cesse de dénoncer les graves dérives du régime Bozizé comme celui de Patassé, que Ndouba a servi avec obséquiosité, en s’en mettant plein les poches au passage.

Ces deux journalistes Maka et Bella, comme beaucoup d’autres à Bangui, infatigables défenseurs des droits humains et adversaires résolus de l’impunité, n’ont aucune leçon à recevoir de politicards qui se cachent derrière leur carte de presse comme Ndouba et Sandy.

C’est vraiment une honte de lire le planqué du Val d’Oise s’en prendre au directeur du Journal Le Citoyen qui n’a toujours fait son travail et rien que son travail sous tous les régimes, bravant les menaces, les intimidations et même la prison.

Cependant, "à quelque chose malheur est bon". Les journalistes de la courageuse presse écrite centrafricaine, avec leurs moyens de bord, sont prévenus. Ndouba et son alter ego Sandy ne leur feront aucun cadeau, le MLPC faisant dorénavant partie de "la majorité présidentielle".

Car, c’est ici , en ce 3 mai 2013, Journée mondiale de la Liberté de la presse, que je voudrais humblement rendre un hommage appuyé à l’extraordinaire courage de toutes ces femmes et de tous ces hommes, vrais journalistes, hommes et femmes de presse de Centrafrique, qui se battent souvent dans des conditions effroyables pour préserver la libre expression dans notre pays. Cher(e)s compatriotes, la République centrafricaine vous le reconnaîtra.

REFUGIE POLITIQUE DE SALON

Au fait, je pense à une chose. Si Ndouba doit rentrer à Bangui, il faudra qu’il songe à rendre  sa carte de réfugié politique à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), cette carte qui lui permettait de résider en France, aux frais des contribuables français. Cela tombe sous le sens.

A partir du moment où un réfugié peut dorénavant rentrer dans son pays, il se doit de rendre sa carte. Ndouba fait désormais officiellement partie de Séléka. Il en est aujourd’hui le porte-parole. On ne peut pas penser avoir  " le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière"  en sus. Ce sourire qui a disparu des visages des petits centrafricains martyrisés par les enturbannés de Séléka et qui filent tout droit vers une année blanche.

Selon toute vraisemblance, Ndouba compte constituer avec Sandy un tandem pour combattre Christophe Gazam Betty, le ministre de la Communication qui, outre le fait d’être un opportuniste invétéré lui aussi, a commis le crime imprescriptible de souffler ce maroquin au nez et à la barbe de Prosper Ndouba. Il n’y a pas de petite vengeance. Gazam Bétty est prévenu.

MISE AU POINT

Arrivé à ce point de cette tribune, je voudrais ouvrir une grande parenthèse. Dans mon esprit, il n’a jamais été question d’une quelconque affaire personnelle entre Prosper Ndouba et moi, d’un quelconque règlement de compte. Pourquoi ? Pour une raison simple...

A partir du moment où un homme ou une femme décide librement d’exercer une fonction publique, généralement au service de la communauté, il s’expose de facto à un regard critique de ce même public et j’en fais partie.

Mieux, à partir du moment où un homme ou une femme décide d’exercer une quelconque forme de direction (leader) d’opinion, de « faiseur » de cette opinion, contribuant à façonner peu ou prou l’esprit de dizaines, de centaines, de milliers de personnes, il ou elle ne peut se prévaloir d’une quelconque impunité. D’autant que le substrat utilisé (l’information) est potentiellement sensible.

Que l’on me comprenne bien : Ndouba a parfaitement le droit de se faire embaucher par qui il veut.

J’observe simplement qu’il y’a 12 ans, exactement dans les mêmes fonctions et au même endroit, sous Ange Félix Patassé, Ndouba se rendait chaque vendredi dans le bureau du caissier principal du trésor public pour retirer les dizaines de millions de FCFA servant à l’alimentation des Banyamuléngués de sinistre mémoire.

Ces sommes, Ndouba les remettait en mains propres à son ami, le colonel Mustapha, commandant en chef des hordes de pillards, violeurs et massacreurs qui dévastaient (déjà) tout sur leur passage. Bien entendu, Ndouba se dépêchait toujours de piocher sa part de ce gâteau nauséabond, fait du sang des centrafricains et des centrafricaines.

COMME DRACULA, NDOUBA SE REPAIT DE NOUVEAU DU SANG DES CENTRAFRICAINS

Aujourd’hui, bis repetita. Le mercenaire de la plume (ce qu’il est dans la réalité, jusqu’à la nausée) se met au service d’autres pillards, violeurs et massacreurs d’une tout autre envergure, tous aussi étrangers et dans un pays totalement dévasté et qui attend la charia promise par Michel Djotodia.

Dans sa haine délirante contre Bozizé, dès les premières escarmouches de début décembre 2012, Ndouba avait déjà choisi son camp. Il a pris promptement fait et cause pour les bandits de Séléka. J’avais signalé en son temps le deal qui le liait à ces massacreurs du peuple centrafricain.

Par ses articles enflammés contre le régime moribond de François Bozizé, Séléka promettait à Prosper Ndouba le ministère de la Communication. Las ! A malin, malin et demi. Un autre opportuniste, Christophe Gazam Betty allait rafler la mise sous le nez de notre journaleux.

C’est que le calcul de Ndouba était fort simple : soutenir Séléka coûte que coûte, faire tomber Bozizé et, dans un deuxième temps, favoriser l’arrivée de Martin Ziguélé, son véritable mentor, soit par des élections à venir, soit par un hypothétique coup de force de la France socialiste.

Entretemps, les forces spéciales de l’armée tchadienne et les djandjaouides soudanais ont permis à Séléka de prendre le pouvoir à Bangui en marchant sur les cadavres de dizaines, voire des centaines de centrafricains sans que cela ne révolte Prosper Ndouba.

Citez-moi un seul article de Centrafrique-Presse dans lequel Prosper Ndouba a condamné les massacres de Boy-Rabé et de Ouango, les innombrables pillages et les centaines de viols commis par ses amis de Séléka. Aucun ! Jusqu’où peut-on vendre son âme pour assouvir une vengeance et obtenir un poste ? En se repaissant des larmes et du sang des centrafricains.

De même avez-vous entendu Martin Ziguélé condamner fermement et résolument Séléka pour le pogrom de Bangui ? Si oui, vous devez être le seul.

Assurément, Prosper Ndouba touche là le salaire de la honte, celui des collabos ou auteurs intellectuels des grands génocides de l’histoire. Grand bien lui fasse !

Il s’en était pas mal sorti sous Patassé. Avec Djotodia, dont il va cette fois chanté officiellement les louanges, je prends le pari qu’il se retrouvera lui aussi devant la Cour Pénale Internationale. Pas comme témoin mais comme co-auteur des crimes immondes reconnus de Séléka.

En réalité, à la place de Prosper Ndouba, on se méfierait. Sa caution inconditionnelle aux nouveaux génocidaires du peuple centrafricain (après les banyamuléngués) a radicalisé la détermination de bon nombre d’authentiques fils du pays, résistant à mains nues contre la barbarie des islamistes de Séléka. Beaucoup attendent Nouba de pied ferme.

Les temps ont changé à Bangui, il devrait le savoir. S’il croit pouvoir venir se pavaner, l’air repu comme naguère au volant de la 406 de fonction qu’il avait fait réformer et racheter à vil prix, il se trompe lourdement. Ce n’est pas une menace, juste un simple conseil, disons amical.

CHASSE AUX SORCIERES

En attendant, le chef rebelle Michel Djotodia, qui a fort à faire pour préserver sa propre intégrité physique contre les rumeurs persistantes de règlements de compte entre ces bandits factieux, notamment avec Nouredine Adam,le joker de Déby et surtout Armel Sayo, lequel a repris les armes contre ses anciens alliés de Séléka,  Djotodia, dis-je, qui ne dort plus que d’une oreille, l’autre étant gravement infectée, doit en outre donner des gages à ces bienfaiteurs.

C’est ainsi qu’il vient d’écrire au président en exercice de la CEMAC, Ali Bongo, pour demander le remplacement du représentant centrafricain auprès de la commission de cette institution, Jean-Eudes Téya. Et je vous donne en mille le nom de l’heureux élu proposé par Michel Djotodia : il s’agit de Firmin Findiro, celui-là même que Ndouba appelait demi-Dieu sous le régime de Bozizé et que je qualifiais pour ma part de "cambrioleur multirécidiviste à qui Bozizé avait imprudemment confié les clés de son coffre-fort".

C’était dans l’ordre des choses. Des informations concordantes au sein même de Séléka certifient que l’ancien procureur et ministre de la Justice, avec son compère Sylvain Ndoutingaye qui ont tous deux amassé un fantastique magot fait de détournements d’argent public et de bonus divers, ont participé au financement de la rébellion afin de se venger de l’ingrat Bozizé.

Seulement voilà, Jean-Eudes Téya, s’appuyant sur des textes forts pertinents de la CEMAC, n’entend pas se laisser faire et compte saisir la cour de Justice de cette institution en récusation de son renvoi. Téya ne devrait pas se gêner, Michel Djotodia étant de toute façon un chef d’Etat fantoche, aussi illégal qu’illégitime. Chaud devant !

MON NOM EST …NERIS

Dernières nouvelles des brigands de Séléka, Eric Néris est retourné à Paris fort dépité de n’avoir dégotté qu’un vulgaire strapontin de directeur de l’Agence nationale de l’Aviation civile (ANAC), lui qui rêvait d’être président de la République.

Il devrait s’estimer heureux Néris car ses amis de Séléka savent qu’il avait tout fait pour jouer sa propre carte. Depuis, le torchon n’a plus cessé de brûler entre eux et sa marginalisation est actée.

Non seulement, il lui est désormais fait interdiction de parler au nom de Séléka (c’est Ndouba qui doit désormais porter la parole du chef rebelle Djotodia), mais Eric Néris hésite sérieusement à retourner à Bangui pour des raisons évidentes de sécurité personnelle. Selon un de ses proches, durant tout son séjour à Bangui, l’homme était aux aguets, se méfiant même de son ombre.

De fait, depuis Paris où il a toujours résidé, Eric Néris n’a jamais eu que de simples contacts téléphoniques avec ses amis bandits de Séléka dont il portait la parole.

De sorte, aussi incroyable que cela puisse paraître, qu’il n’avait jamais vu ni Djotodia, ni Nouredine Adam, ni Moussa Dafhane. Personne !

Le problème est que, si jamais il décidait de retourner sur les bords de l’Oubangui, il devrait se dépêcher, entre autres priorités, de procéder à un acte légal de demande de filiation, l’autorisant à porter officiellement le nom du défunt Charles Massi, ce qui n’a jamais été le cas du vivant de son ancien beau-père. En effet, le nom de Massi ne figure sur aucun de ses papiers.

A moins qu’il ne se décide à opter finalement pour le patronyme de son véritable géniteur, Péroni, naguère bien connu à Bangui comme un artisan ébéniste de génie. Il n’y a pas de honte à revenir à ses origines génétiques, que diantre !

NE FAITES PAS AUX AUTRES…

Last but no least, si l’on n’en croit les agences de presse, Idriss Déby  Itno à quelques soucis à se faire dans son propre pays. Ah bon ? Après avoir exporté, par Séléka interposé, la mort et la désolation en Centrafrique, le maître de l’Afrique centrale vient de dénoncer une soi-disant tentative de déstabilisation de son régime. A moins que ce ne soit un de ces énièmes complots fomentés de toutes pièces par Idriss Déby Itno  lui-même pour mettre au pas son opposition.

Le résultat est le même : au moins une bonne dizaine de morts et des arrestations à la pelle, alors que gronde la menace des reprises des hostilités par la rébellion de  Timam Erdimi. Qui a dit que seule la Centrafrique était un pays à problèmes ?

Michel SOUPOU   

 Le 3 mai 2013