Samba-Panza qui ne recule jamais a reculé.... reculera-t-elle encore et jusqu'ou

Par Guy-José Kossa

Pourquoi ne pas le reconnaître ? Samba-Panza disons-le, a été, est, et demeure une "femme de combat", et non une "femme à démissionner" dès que tombent les premières gouttes de pluie. Ainsi la présidente de la transition centrafricaine n’hésitait d’ailleurs pas à parler d’elle-même. C’était il y’a quelques mois, souvenez-vous ! Mieux encore, jusqu’à ces derniers temps, rien qu’à se rappeler que face à toutes les situations où elle a été en difficulté, Samba-Panza a toujours su se tirer d’affaire en tenant tête à la fois au CNT, aux grandes composantes politiques et civiles de la RCA, et à la communauté internationale, personne – en désespoir de cause -, ne pouvait s’imaginer que cette "femme à ne pas reculer", cette Dame "de fer" d’après certains, "autiste et obstinée" selon d’autres, se résoudrait – pour une fois -, à reculer. Surtout que malgré les mécontentements suscités après la signature le 4 avril 2015, des "décrets portant création du présidium du forum national et désignation des membres du comité technique d’organisation du forum national de Bangui", Samba-Panza, parait-il, aurait confié que quoiqu’il advienne, il était hors de question pour elle de revenir sur ces fameux textes.

Aujourd’hui, l’inébranlabilité tant redoutée de la présidente de la transition, jusqu’ici savamment entretenue, apparaît définitivement comme un mythe. Celui-ci s’est totalement défait en ce 14 avril 2015, jour où furent rapportées les dispositions des décrets précités, sous une pression bien moindre que celle exercée par le passé dans certaines situations. Dès lors, il ne serait donc pas vain de voir dans cette reculade, la "fin d’un mythe", et par ailleurs, de tirer de ce rétropédalage forcé, une certaine conclusion. A la vérité, si Samba-Panza n’a vraiment jamais reculé, c’est surtout en fait, parce que les "autres" n’ont jamais vraiment su avancer et foncer vers le but avec conviction et détermination. A se souvenir pour s’en convaincre, les conditions de la lamentable déculottée infligée naguère aux organisations civiles et politiques centrafricaines, et même à la communauté internationale, quand il s’était agi de la nomination d’un premier ministre, ou encore le "flop ten" de l’interpellation du CNT consécutive à l’Angolagate, pour ne citer que ces deux exemples mémorables parmi tant d’autres.

A l’heure où tous les esprits sont tournés vers le forum de Bangui, plus j’essaie de me convaincre que cette transition prendra fin ainsi que le prévoit la charte à laquelle elle est censée obéir, plus mes repères se brouillent quant à savoir comment cette assise prévue pour ne se tenir que pendant une toute petite semaine, pourra dans un si court délai, arriver à traiter suffisamment de toutes les questions, et réussir à "vider" les grands débats que ne manqueront pas de susciter les différentes thématiques qui ont été retenues, et celles qui de fait s’ajouteront certainement à l’ordre de jour.

En outre, il paraît de plus en plus évident, que la question même du sort de cette transition finissante ne manquera pas de se poser : pourra-t-elle réellement prendre fin par l’organisation en juin-juillet 2015 des élections tant souhaitées? Serait-on obligé de la prolonger malgré les dispositions de la charte de transition ? Devrait-on penser à mettre en place une nouvelle transition avec un mandat court et précis ? Et si tel est le cas, quels types de profils et des engagements de quels ordres conviendra-t-il de retenir ?

A toutes ces questions qui s’imposent, il semble que la présidente de la transition et ses conseillers, le président du CNT et l’ensemble des conseillers nationaux, le premier ministre et les membres du gouvernement, en somme l’exécutif et le parlement de transition, ont bien du mal – et cela se comprend -, à donner des réponses claires et satisfaisantes. Cependant, chacun fourbit son arme, tisse sa toile et dresse son plan. D’ailleurs, quand le conseiller personnel de la chef de l’état avait annoncé en grande pompe qu’il ne se présenterait pas aux élections post transition, qui se doutait qu’il y’avait de l’oignon là-dessous ? Plus encore, maintenant que Samba-Panza n’a pas réussi à l’imposer comme prévu dans ce "plan A" du forum, qui oserait pousser la naïveté jusqu’à croire que toutes les "épines" sur la route de cette assisse sont ainsi entièrement arrachées et qu’il n’existerait pas de "plans B, C, D…" de la clique des hommes du pouvoir ?

En fait, Il vient d’être démontré que Samba-Panza qui n’est pas "femme à reculer", peut désormais reculer, même si curieusement, je me surprends à constater que certains politiques se sont empressés à "saluer l’effort, le courage et la bonne volonté de Madame la présidente", à lui délivrer un satisfecit, ou à lui adresser toute leur gratitude et leurs félicitations. A mon sens, ils ont tous tort. Car à moins de ne pas être fier de soi, pourquoi devrait-on s’incliner en signe de reconnaissance et remercier celle qui a voulu tenter une fois de plus un "passage en force", et en a heureusement été empêchée grâce à la résistance du peuple? En tout état de cause, puisque Samba-Panza a reculé, il faut dorénavant la pousser à reculer de plus en plus, et ainsi elle reculera "partout où besoin sera". Seule une telle détermination reste le prix à payer par tous les patriotes qui aspirent et ne demandent qu’à voir leur pays redevenir une terre normale où ils pourront y vivre en paix.

En définitive, mettre fin à cette transition demeure très certainement, le véritable enjeu du prochain forum dit de Bangui, et dont malheureusement à l’examen aussi profond que calme des différents paramètres liés à son organisation, on peut douter qu’il sera le forum de réconciliation que les centrafricains attendent et appellent de tous leurs vœux.

Je l’ai souvent écrit, et j’incline à croire que ma théorie est toujours d’actualité : "Samba-Panza est une championne toute catégorie du jeu de dame, ou mieux, du traditionnel "kissoro" centrafricain : Sur le terrain de jeu de la transition, Samba-Panza cherche toujours – c’est de bonne guerre -, à positionner convenablement ses pions, et élabore patiemment ses plans. Chaque fois qu’elle le juge nécessaire, elle donne l’impression de céder aux centrafricains quelques pions, en annonçant certaines mesures qui sont pour elle autant de concessions. Mais en retour, c’est toujours pour engranger plus de pions et tirer le maximum de bénéfices. Entretemps, les mois passent et elle mène ainsi le jeu politique au rythme qu’elle veut imposer. Peu importe les contradictions auxquelles elle se montre indifférente, ainsi que les timides oppositions, portées par des politiques qui manquent de l’entregent autant que de dynamisme et de détermination. Samba-Panza maintient son cap à elle et ne varie en rien dans sa logique du pouvoir à tout prix. Elle a conscience de marquer des points et ne se soucie que d’en marquer toujours le plus possible. Tôt ou tard, Samba-Panza en est convaincue, "quand le moment sera venu, l’heure sera arrivée".

Que chacun se souvienne souvent de cette sagesse populaire africaine : "si quelqu’un feint de ne plus savoir où il habite, ignorez-le ! Dès les premières gouttes de pluie, il retrouvera tout seul le chemin de sa maison." Méfions-nous de la grande tornade dévastatrice.

I KOU I BA SI !

Guy José Kossa GJK – L’élève certifié  de l’école primaire tropicale et indigène du village Guitilitimô Penseur social - 19 avril 2015