Tous les chemins mènent à Rome

Par Guy-José Kossa

 

Ils étaient plus d’une dizaine ce mardi 24 février 2015, tous présents à l’aéroport de Bangui Mpoko. Dans l’ensemble, ils appartiennent à ce qu’il est convenu d’appeler abusivement "la classe politique centrafricaine", pour autant que cette dénomination, si on l’admet, garde encore un sens, et conserve malgré tout une réalité concrète et acceptable, dans une république dénuée de tous repères..

Ce jour du 24 février 2015 apparaissait bien ordinaire. Aussi, pouvait–on apercevoir et ressentir la même ambiance des jours de marché qui généralement, s’installe systématiquement lors des départs et des arrivées au niveau de l’aéroport de la capitale centrafricaine. Cependant, au milieu d’un tel brouhaha, pour certains passagers qui en ont déjà fait l’amère expérience – quel que soit leur rang -, c’est plutôt l’angoisse, la fébrilité et même la nervosité quant au "risque" permanent, de devoir se soumettre le cas échéant, à un interrogatoire " musclé" et à une fouille en règle de la part des services de la douane et de la police des frontières, avant toute autorisation de quitter le territoire centrafricain. Mais ce jour, tout le monde a pu embarquer à temps et apparemment sans aucun problème majeur. Aussi, tout au long du voyage, si l’on pouvait deviser allègrement, parmi les hommes politiques, l’on s’interrogeait intérieurement sans oser poser la question à l’autre sur sa destination finale.

Après l’incontournable escale de la capitale économique camerounaise, l’on embarqua à bord du vol d’air France en direction de l’aéroport CDG de Paris. Alors, s’étant rendu compte qu’aucune personnalité partie de Bangui ce jour n’était restée à Douala ou avait pris un vol différent pour un autre pays, les plus avisés des « politiques » allaient soupçonner très rapidement, que tous partaient sans doute pour une même et seule destination finale. Donc, chacun effectuait le présent déplacement pour les mêmes raisons que les autres.

En effet, vraisemblablement, la communauté Sant’ Egidio, très connue pour ses missions de bons offices dans le règlement des conflits à l’intérieur des états, et entre divers pays dans le monde entier, a adressé une série d’invitations individuelles à un certain nombre de personnalités politiques centrafricaines pour un déplacement qui devait rester confidentiel. Evidemment, pour qui connaît le fonctionnement du centrafricain, d’aucuns ont pu s’imaginer avoir décroché le "Jackpot" qu’il fallait garder bien au secret ; ce d’autant plus que l’invitation ne comportait aucun détail précis : ni motif, ni ordre du jour, ni l’identité exacte des éventuels interlocuteurs. Dès lors, quel ne fut pas l’embarras de toutes les personnes qui ne s’attendaient pas à se retrouver en présence de ceux à qui ils avaient éventuellement « menti » sur les raisons de leur déplacement?

Mais ce n’est guère à ce niveau que se situe la surprise la plus « intéressante» de cette rencontre organisée par Sant’ Egidio!

Comme beaucoup de nos compatriotes, j’ai pu lire dans une "Alerte de la Lettre du Continent" les lignes que voici : "Médiateur dans la crise centrafricaine, le chef d’Etat congolais devrait profiter d’une visite officielle en Italie pour s’inviter aux débats, le 27 février 2015 ".

Oops ! Suivez mon regard…Coïncidence troublante non ? Et si Sassou-Nguesso qui a plus d’un tour dans son sac, était le véritable inspirateur et organisateur de cette réunion préparatoire du forum de Bangui ?

Tout d’abord, considérons la personnalité des invités : "Quatre anciens chefs de gouvernement – Enoch Derant Lakoué, Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé et Nicolas Tiangaye – ont fait le déplacement en Italie où se trouvent par ailleurs la vice-présidente du Conseil national de transition (CNT), Léa Koyassoum Doumta, ainsi que Béatrice Epaye, ex-ministre du commerce de François Bozizé. Cette dernière a été désignée par Catherine Samba-Panza pour diriger le comité préparatoire du forum de Bangui. Des personnalités comme Désiré Kolingba, qui a pris, mi-février, la tête du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) fondé par son père, l’ex-président André Kolingba, le professeur Gaston Nguérékata, candidat à la prochaine présidentielle, et Karim Meckassoua, ancien ministre de François Bozizé" (Lettre du Continent).

Toute proportion gardée, nous voici donc ici à Rome – tout un symbole –, en compagnie de la « crème » de la politique centrafricaine, des voix autorisées à qui personne n’oserait contester le droit de parler au nom de la Centrafrique et pour le compte des centrafricains. En somme des "fréquentables".

Poursuivant ma lecture de "La Lettre du Continent", j’entendis sonner à mes oreilles plus que je n’ai vu défiler devant mes yeux ces lignes : "En revanche, Sant-Egidio a totalement exclu de ces discussions les signataires de l’accord de Nairobi, dont François Bozizé et son tombeur Michel Djotodia. Cet accord est considéré comme nul et sans effet par la communauté internationale et les autorités actuellement en place à Bangui".

Oops !…les "infréquentables" !

Du coup, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement simple et à la limite simpliste, avec la dernière visite et la dernière déclaration de la procureure générale de la CPI.

Ainsi donc, les centrafricains se retrouvent en ce moment, face à un tableau ainsi peint :

D’un côté, Sassou-Nguesso devisant tranquillement avec les "fréquentables" à Rome sur l’avenir proche de la RCA.

De l’autre côté, Fatou Bensouda visiblement à pied d’œuvre, en vue d’accélérer la procédure "d’invitation forcée" des "infréquentables", pour un séjour mérité dans les geôles de la CPI.

Au final, quand tous les chemins de nos politiques partent de Bangui et mènent à Rome, ceux de Bozizé, Djotodia et comparses, semblent quitter Naïrobi pour plus tard rejoindre la Haye.

Tout bien considéré, le président Congolais, n’avait-il donc pas encore dit son dernier mot dans la crise centrafricaine ?

Tenez ! Juste un petit détail encore : sans le savoir, sans le vouloir et sans s’y attendre, voici ainsi toute la classe politique centrafricaine, pouvoir en place y compris, en train de se soumettre à la "pression amicale" du Médiateur de paix Denis sassou-Nguesso. Quel incroyable scénario !

Pour conclure, je me surprends presque involontairement en train de me poser cette question qui n’est pourtant pas si anodine et banale que ça:

Et si à Rome, l’on était en train de semer les prémisses du prochain cadre politique, et de définir le profil des hommes qui devraient d’ici fin août, prendre absolument la relève de Samba-Panza et ses nullards de service, incapables de préparer, conduire et réussir les élections de sortie de crise ?

Vous avez dit troisième transition?

Wait and see.

Guy José Kossa,  - GJK  - l’élève certifié de l’école primaire tropicale et Indigène du village Guitilitimô – Penseur social